Le 19 septembre 1993, Lynn Hill réussissait l’impossible : la première ascension en libre du Nose, une voie de 900 mètres sur El Capitan au Yosemite. Un exploit qui repoussait les limites de l’escalade et redessinait pour toujours la place des femmes sur le granit américain. Trente ans plus tard, la grimpeuse Soline Kentzel arrive à son tour dans la vallée pour tenter seule l’ascension de cette voie considérée comme l’une des plus exigeantes de la planète et écrire sa propre ligne sur le mur.
Si l’histoire de l’escalade renferme de nombreuses dates marquantes, le 19 septembre 1993 est définitivement l’une de celles qui a révolutionné la pratique. Ce jour-là, au coeur du parc du Yosemite, la grimpeuse Lynn Hill a réussi ce que tout le monde pensait impossible : la première ascension en libre du Nose, une voie mythique tracée sur El Capitan, une immense paroi de 900 mètres de haut qui domine la vallée.
Du haut de ses 1,57 mètres, Lynn Hill en profite pour couper l’herbe sous le pieds des gros bras du coin, qui enchaînaient les échecs depuis des années, les gratifiants au passage d’un petite phrase cinglante : « It goes, boys ! », littéralement « ça passe, les gars ». En plus d’avoir repoussé les limites technique de l’escalade, en une ascension, Lynn Hill a dessiné pour toujours la place des femmes sur les murs granitiques américains.
Presque trente ans plus tard, la grimpeuse française Soline Kentzel suit cette lignée et arrive à son tour au coeur parc naturel tapissé de forêts de séquoias géants. Entre les randonneurs venus admirer les cascades gigantesques et les dômes polis par les temps, elle se fraie un chemin pour rejoindre l’immensité des big walls. Ce premier voyage est celui de l’exploration. Arpenter les parois, prendre la mesure des lieux et chercher un projet qui pourra la transformer.
L’année suivante, elle revient dans le parc avec une ambition de taille : se lancer dans le Nose pour une ascension en solitaire. Plusieurs jours suspendue dans le vide, longueur après longueur, à dormir dans une tente accrochée à la paroi, sur cette voie que beaucoup, depuis Lynn Hill, considèrent comme l’une des plus exigeantes de la planète. L’occasion pour Soline de trouver ses limites, et peut-être, de se trouver elle-même.
Soline Kentzel découvre l’escalade tardivement, et s’y laisse happer avec une intensité immédiate, comme si la verticale avait toujours été là. Très vite, elle glisse vers les grandes voies engagées, ces lignes longues où le temps change de rythme, où l’autonomie devient une évidence et où chaque décision compte autant que chaque mouvement. À 21 ans, elle signe avec Seb Berthe une ascension marquante de “Golden Gate” sur El Capitan, au Yosemite : 1000 mètres de paroi, 36 longueurs, neuf jours à évoluer au cœur de la muraille. Une expérience fondatrice, suspendue entre effort et patience, qui ancre sa pratique dans l’engagement au long cours, avec en ligne de mire l’ascension du Nose en solitaire en 2025.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Firh, accompagné par Inès Cochard. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart. La musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s’est assurée du montage, et Antoine Martin du studio Krispy Record du mixage.
La saison 9 du podcast Les Baladeurs est soutenue par Columbia.