
Plus personne ne vit sur l’îlot Eilean Mòr. Mais là-bas, au large des Hébrides écossaises, tout le monde se souvient de ses fantômes. En décembre 1900, par une nuit de tempête, les trois gardiens de son phare disparaissent sans laisser de trace. Plus d’un siècle plus tard, l’énigme demeure. Pour certains, elle est devenue un simple conte pour enfants ; pour d’autres, elle est une réalité plus vive que jamais, qui les suit jours et nuits. Léontine Behaeghel est partie sur les traces de ce mystère noyé dans la pluie, le vent et les vagues de l’Atlantique nord.
Des paysages roux à perte de vue, fendus par des rivières folles et des milliers de rochers poilus. Je monte le volume dans mes écouteurs et souris comme une idiote. Happée par cette beauté à couper le souffle. « Et encore, c’est rien par rapport à ce qui nous attend », souffle mon compagnon de voyage. Pourtant, c’est déjà quelque chose. Un quelque chose qui ne ressemble en rien à ce que j’avais pu voir avant. J’ai le sentiment de pénétrer dans un univers neuf. Nous roulons en bus vers Ullapool, port de pêche et débarcadère des ferries qui s’élancent vers les îles Hébrides extérieures, à l’extrême ouest. Je voudrais que ce trajet ne prenne jamais fin.
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« It’s a bad day » lance un local dans notre direction, sur le pont. Tu m’étonnes. Le ferry quitte le port. Dernière ligne droite avant la destination finale : Lewis et Harris, où nous allons rester une semaine. Dernière étape d’un long trajet d’un jour et demi – cette île se mérite. Le ciel est blanc et une pluie fine vient laisser une pellicule trouble sur les vitres du bateau. Pourtant, l’édifice gigantesque glisse sur l’eau sans remous. La mer est calme malgré la pluie et le vent. Encore et toujours, les collines brunes se superposent puis disparaissent dans un brouillard poisseux. Les terres deviennent des ombres. Le bateau grimpe vers le ciel pour retomber avec fracas sur la mer agitée. Les Écossais ne semblent pas plus inquiets que ça. C’est d’ailleurs à cela qu’on les distingue des autres : tandis que les visages des étrangers tournent au vert, les locaux, eux, bouquinent ou déjeunent comme si de rien n’était.
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Nous entrons dans la culture locale comme on saute à pieds joints dans une flaque d’eau.
Boum. Splash.
Nous poussons la porte de l’un des seuls pubs de Stornoway, le célèbre Criterion. Il faut attendre près d’une heure avant qu’une autre femme ne vienne s’y installer. Les Écossais, quand ils sont d’humeur festive, sortent leurs instruments : flûtes, banjos, mandolines et… cornemuses. Les sons se superposent et se mêlent aux chants en gaélique dans un joyeux bordel. Il y a tous les âges, des jeunes, des vieux, ils se parlent et se sourient. Ici le pub n’est pas qu’un bar, c’est le cœur battant de la ville. Le seul lieu de sociabilité dans ce village isolé, ou presque. Il sent bon l’Écosse. L’odeur de bière renversée sur le bois, la chaleur moite des corps entassés les uns sur les autres, les doigts qui collent quand ils se posent sur la table, les rires qui surgissent sans prévenir. Devant les convives, demis de Guinness et verres de whisky vont de pair, indissociables. Au fond, pourquoi choisir ?
La géographie des îles écossaises ressemble à des poupées russes. L’îlot minuscule d’Eilean Mòr fait partie des îles Flannan, un archipel au large de l’île de Lewis et Harris, qui fait lui-même partie du groupe des Hébrides extérieures. Les sept rochers qui composent les Flannan Islands sont surnommés les Seven Hunters : vus de loin, on dirait un groupe de chasseurs à l’affût, surgissant de la mer. Eilean Mòr est déserte et isolée, perdue au milieu de l’Atlantique, loin de tout. Insaisissable, inaccessible, sauf pour les oiseaux marins, qui en ont fait un sanctuaire. Au printemps, le bruit y devient assourdissant avant de retomber dans un silence total une fois les oiseaux envolés. Eilean Mòr signifie « la grande île » en gaélique. Ironique, au vu de sa taille. Comme si les Hébridiens avaient voulu lui donner une stature que la géographie lui refuse.
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Seul un phare surplombe Eilean Mòr. Une tour blanche en pierre de 23 mètres de haut, construite entre 1895 et 1899. Sa lumière clignote deux fois toutes les 30 secondes et porte à vingt miles nautiques. Jadis, des équipes de trois gardiens se relayaient pour vivre sur l’île pendant plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. IIs veillaient sur la flamme jour et nuit. Jusqu’à ce qu’on les renvoie chez eux pour de bon. En 1971, le phare a fini par être automatisé. Comme tous les autres. Une lumière qui tourne dans le vide, sur un rocher désert.
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“Though three men dwell on Flannan Isle
To keep the lamp alight,
As we steered under the lee, we caught
No glimmer through the night.
A passing ship at dawn had brought
The news; and quickly we set sail,
To find out what strange thing might ail
The keepers of the deep-sea light.”
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1900, nuit du 15 au 16 décembre. Première année d’activité du phare. Ce soir-là, les gardiens s’appellent Donald McArthur, James Ducat et Thomas Marshall. Ils s’y trouvent tous les trois depuis neuf jours lorsqu’une violente tempête s’abat sur Eilean Mòr. Quelques heures plus tard, la lumière du phare s’éteint.
Donald, James et Thomas ne seront jamais retrouvés.
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Je sors souvent de la voiture pour admirer les mille détails du paysage. C’est comme une multitude de petites sucreries qu’on gobe sans pouvoir s’arrêter. Une cabine téléphonique abandonnée dans la nature. Un groupe de cerfs qui s’élance sur la colline. Un homme qui se jette seul dans l’eau glacée alors qu’il neige. Des moutons regroupés sous un abribus. Parfois, il fait trop froid, ou trop venteux, alors j’observe par la fenêtre. Trop de choses à observer. Trop de choses, tout le temps. Je voudrais pouvoir être à plusieurs endroits à la fois pour ne pas en louper une miette.
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À la fin de chaque rencontre avec un habitant de Lewis, je l’invite à lire à haute voix quelques paragraphes du poème Flannan Isle, de Wilfrid Gibson. Certain·e·s le découvrent, d’autres le connaissent par cœur. Certain·e·s le lisent de façon fluide, paraissent ému·e·s, d’autres sont amusé·e·s, timides et butent sur les mots. Quand je les entends, les larmes me montent aux yeux.
“The Winter day broke blue and bright,
With glancing sun and glancing spray,
As o’er the swell our boat made way,
As gallant as a gull in flight.”
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Ici, le vent est une présence, il tient compagnie. Il peut parfois atteindre des vitesses de 60 à 100 km/h. Alors, souvent, on l’entend siffler et fouetter la maison dans un fracas impressionnant. Il fait trembler les murs. Des torrents d’eau s’acharnent violemment sur les fenêtres, durant quelques minutes. Et puis plus rien. Avant de recommencer. Encore et encore.
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Donnie vit dans sa petite maison du quartier de Callanish depuis toujours. Sa famille y habite d’ailleurs depuis plusieurs générations. Il n’a jamais quitté l’île de Lewis, sauf les rares fois où il s’est rendu à Inverness et à Glasgow. D’ailleurs, il n’a même pas de passeport. Il vient tout juste de s’en commander un. « J’ai 60 ans, c’est le moment d’aller explorer un peu plus loin. » Donnie sourit en continu, sans interruption. Les Écossais – ou du moins ceux de Lewis et Harris – sont d’une gentillesse presque déroutante. Scones au beurre et à la confiture de fraises, shortbreads, thé, café, chocolats… Chaque fois que nous entrons chez eux, ils se précipitent en cuisine et en ressortent avec une ribambelle de trésors. Tous, sans exception. Donnie pense tout haut : « Parfois je me réveille et je pense : encore un jour de plus sur ce rocher de malheur. Puis un peu plus tard, le soleil réapparaît et je sais pourquoi je reste ici. » Son oncle était le dernier gardien du phare d’Eilean Mòr. Il nous raconte ce qu’il y faisait, comment il s’occupait. D’après lui, ils passaient leur temps à lire, jouer aux cartes et repeindre le phare, encore et encore, pour préserver son éclat. Préserver son éclat… pour quoi ? Pour qui ?
“But, as we neared the lonely Isle;
And looked up at the naked height;
And saw the lighthouse towering white,
With blinded lantern, that all night
Had never shot a spark
Of comfort through the dark,”
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La plage de Bosta, à l’ouest de l’île, donne le sentiment d’être au bout du monde. Ou au début. Il suffit de l’aborder d’en haut, depuis la falaise, plutôt que de céder à la tentation de marcher en bas, dans le sable. Ici, c’est depuis les hauteurs qu’on profite le mieux du spectacle. Les collines vertes qui se transforment en roche. La mer qui mange la roche noire tachée de mousse jaune fluo. Les herbes que le vent couche à l’horizontale. Un soleil orange qui sort timidement de derrière un nuage. Et puis le vide. Des kilomètres, laissés là, sans vie, pour qui voudra bien venir les voir.
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Le détail de la chaise renversée, retrouvée dans le phare après la disparition des gardiens, revient encore et toujours dans la bouche des gens de Callanish. Cette chaise renversée cristallise toutes les suppositions et envoie un message clair : celui de la précipitation. Mais qui a bien pu se précipiter ? Pourquoi celui qui a renversé cette chaise a-t-il pensé qu’il pourrait sauver les autres – si tant est que la version des gens de Callanish soit la bonne ? Les trois gardiens le savaient dès le départ : lorsqu’une grosse vague rencontre une falaise verticale, l’eau peut atteindre 20 ou 30 mètres de hauteur (voire plus) et peut frapper avec une force irrésistible. Et pourtant. Certains racontent que les gardiens auraient eu peur que du matériel soit emporté ou abîmé. Voyant la puissance des vagues, deux d’entre eux se seraient précipités vers le débarcadère ouest – pendant que le troisième restait à l’intérieur du phare. C’était la règle la plus importante, la « golden rule », à laquelle il ne fallait jamais déroger : l’un des trois devait systématiquement rester à l’intérieur. Mais il n’a sûrement pas pu. D’une manière ou d’une autre, il aurait compris que les deux autres étaient en danger et aurait couru à leur secours. Le dernier gardien se serait, lui aussi, fait emporter. Mais est-ce réellement ce qu’il s’est passé ?
“We listened; but we only heard
The feeble cheeping of a bird
That starved upon its perch:
And, listening still, without a word,
We set about our hopeless search.”
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L’accent écossais n’est jamais monotone, il rebondit et il ondule. Ses « r » roulés, légèrement frappés contre le palais, ses voyelles étirées, son rythme, ses « aye » pour dire « oui » et ses « wee » pour dire « petit ». A wee boat, a wee shirt, a wee cup of tea… Puis son « ch » (comme dans loch) raclé au fond de la gorge. Il a cette musicalité à la fois rugueuse, chaleureuse et infiniment sympathique qui, instantanément, adoucit, met de bonne humeur. Il est très variable, en fonction de qui le prononce, il est plus ou moins difficile de le saisir.
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Murdo, l’oncle de Donnie, dernier gardien du phare avant son automatisation, racontait souvent aux gens de Callanish combien il était terrifiant de se trouver sur ce roc minuscule, dans ce phare qui surplombe l’Atlantique. Que la moindre vague pouvait tout emporter sur son passage. Tout, à part le phare, éternel rescapé et petit bijou d’ingénierie. Il faisait régulièrement à Donnie le récit de sa première nuit dans le phare, durant laquelle il était de garde. À l’époque, la lanterne ne tournait pas grâce à un moteur électrique, mais à l’aide d’un système d’horlogerie mécanique. Le fonctionnement reposait sur un contrepoids suspendu à une chaîne qui descendait lentement le long du puits central de la tour. C’est ce mécanisme qui faisait tourner la lentille projetant le faisceau lumineux. Lorsque la chaîne atteignait la fin de sa course, elle émettait un claquement sourd que Murdo n’a jamais oublié. Durant cette première nuit, il somnolait dans l’obscurité, puis, toutes les deux heures, il sursautait en entendant le son métallique. Il ne pouvait alors pas s’empêcher de penser aux trois hommes disparus. Puis il remontait machinalement le mécanisme. Murdo en a gardé plein, des phares. Pourtant, il n’a cessé de parler d’un seul, tout au long de sa vie : celui d’Eilean Mòr. Le seul et l’unique.
Nous qui pensions pouvoir nous rendre sur l’île d’Eilean Mòr – ou du moins nous en approcher – nous nous sommes bien mis le doigt dans l’œil. Les marins nous font comprendre la rareté de la chose : il n’existe, dans toute l’année, qu’une fenêtre d’une dizaine de jours tout au plus durant laquelle la météo rend le débarquement possible – et encore. Ian Angus, un pêcheur qui a longtemps navigué autour des Seven Hunters, nous explique que, même en plein été, le temps est toujours imprévisible. Quand une éclaircie se dessine, il faut scruter chaque indicateur avant de se lancer – sachant que la mer peut tout remettre en question d’une heure à l’autre. Eilean Mòr est battue en permanence par la houle de l’Atlantique. De longues vagues de fond voyagent sur des milliers de kilomètres depuis le large avant de se fracasser contre les falaises. Même par temps calme, cette houle résiduelle ne disparaît jamais vraiment : elle se faufile entre les rochers, soulève et abaisse le bateau de façon imprévisible, rendant toute manœuvre d’accostage périlleuse. Le plus difficile est d’ailleurs moins de débarquer que de remonter à bord après avoir fait le tour de l’île. Même solidement amarré, le bateau reste capricieux. Murray, un autre marin, le répète plusieurs fois : « Rares sont ceux qui y sont allés, et ils ont bien de la chance. »
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Liz, la cinquantaine, est enroulée dans une doudoune bleue. Elle collectionne et rassemble toutes les archives autour du mystère d’Eilean Mòr, dans un semblant de mini-exposition, au « community center » de Callanish. Aux murs, des coupures de journaux, des extraits de livres ainsi que des photos de l’île et des gardiens en noir et blanc. Au sol, une carte géante des Seven Hunters. Elle est aussi l’une des seules à avoir chez elle la clef du « shore station » – le bâtiment aujourd’hui laissé à l’abandon dans lequel vivaient les gardiens et leurs familles quand ils rentraient à Lewis. À l’intérieur, les papiers peints noircis se décollent en fines lamelles au milieu de la moisissure qui grimpe jusqu’au plafond. Elle habite aussi juste à côté de la jetée d’où les bateaux partaient en direction du phare. L’endroit est paisible, plongé dans un silence de plomb, presque planant. De gros bateaux sont dispersés sur une dalle de béton, certains sont en hauteur sur leurs gros socles, d’autres, plus petits, simplement échoués sur le flanc. Liz semble vivre à côté de l’histoire. Dans son décor. Elle en devient un personnage.
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Pour fabriquer du whisky écossais, les grains d’orge sont trempés dans l’eau pour déclencher la germination. Il faut ensuite la stopper au bon moment, en séchant le malt dans un four. Ici, intervient la tourbe : on la brûle sous le malt encore humide. Elle se consume lentement. Elle fume plus qu’elle ne flambe, libérant une odeur sombre, presque médicinale. Cette fumée dense imprègne profondément le malt. En bouche, le résultat est ce goût fumé caractéristique, né de l’humidité de ces tourbières qui recouvrent l’île. Ce sol typiquement écossais, nous y pataugeons toute la journée. Sous les pieds, c’est une sensation étrange. Il fléchit, il cède légèrement, tantôt sec, tantôt boueux, par endroits on s’y enfonce, il faut toujours rester sur ses gardes. Ses couleurs sont hypnotisantes. Le brun presque noir de la tourbe trempée, le roux brûlé des plantes mortes, le vert sombre de l’herbe. Le tout à perte de vue. Et ces étendues sont traversées par une multitude de flaques d’eau géantes : les lochs.
Il y a quelque chose de vertigineux dans cette vie que les habitants de Lewis décrivent, qui rappelle celle des gardiens du phare. Quelque chose de l’ordre de l’éternel recommencement, de l’infini, de l’enfermement, de ce paradoxe entre beauté et frayeur : on se trouve sur une île minuscule, chaque jour se ressemble, on se connaît par cœur, on vit ensemble ou presque sans l’avoir choisi, on devient malgré soi la famille des autres, sans avoir à s’aimer, tout en veillant les uns sur les autres, on a vite fait le tour de là où on vit – c’est beau, sublime, d’une beauté qui vous coupe la parole, et ça fait peur aussi. Un peu. Beaucoup. Les rideaux de pluie et le vent agressif attaquent, empêchent de sortir. Alors on vit parfois enfermé. Les gardiens du phare pouvaient l’être durant une semaine. Trop de vent. Trop de vagues. Trop dangereux. Les côtes et falaises de Lewis aussi font cet effet étrange. Elles sont belles et effrayantes.
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“Aye: though we hunted high and low,
And hunted everywhere,
Of the three men’s fate we found no trace
Of any kind in any place,
But a door ajar, and an untouched meal,
And an overtoppled chair.”
*
Si la théorie de la vague géante demeure la plus plausible, il existe une multitude d’histoires parallèles qui justifieraient la disparition des trois gardiens du phare. Le télégramme du capitaine du navire de service du phare indiquait que les hommes avaient pu être « soufflés au-delà des falaises » par le vent. D’autres pensent que l’un des gardiens a assassiné les deux autres avant de se jeter à la mer. Une autre, célèbre aussi, défend l’idée selon laquelle ils auraient été enlevés par des espions étrangers ou un navire fantôme. Mais il existe aussi des théories plus folkloriques et ésotériques. Dans l’une d’elles, ils sont emportés par un serpent de mer ou des storm kelpies : créatures métamorphes semblables à des chevaux mentionnées dans plusieurs mythes et légendes issus du folklore écossais. Dans une autre, ils sont enlevés par des extraterrestres, qui les auraient choisis à cause de l’isolement de l’endroit. L’histoire se serait déroulée ainsi : une lumière étrange se serait manifestée dans la brume et, soudain, un OVNI serait apparu au-dessus de la mer. Les gardiens seraient sortis pour observer le phénomène. Ils se seraient alors fait aspirer par un faisceau lumineux, sans laisser de trace. Anna, une vingtaine d’années, a une autre idée : « Ils ont été transformés en gros oiseaux noirs. » C’est ce que son père lui a toujours raconté, le soir, quand elle était petite.
*
Deux jours avant notre départ, j’aperçois les îles Flannan à l’horizon, de façon presque miraculeuse, depuis Lewis. Dans l’œilleton de l’appareil photo, dont le zoom est déployé au maximum, je distingue un petit bâton posé là, à la verticale. C’est le phare. Nous sommes comme des enfants émerveillés : le voici enfin ! C’est la rencontre du troisième type. Nous passons des heures, sans nous lasser, à alterner les points de vue, à grimper de plus en plus haut pour observer sous toutes leurs coutures ces bosses microscopiques dans le lointain de l’océan. Le ciel est nuageux, l’atmosphère apocalyptique. Tandis que les grands nuages couvrent l’horizon, il n’y a que les îles qui y échappent et se détachent, dans un halo lumineux, presque mystique. C’est le climax de notre pèlerinage.
Nous attendons que la lumière du phare s’allume.
Mais elle ne vient jamais.
“Like curs, a glance has brought to heel,
We listened, flinching there:
And looked, and looked, on the untouched meal,
And the overtoppled chair.
We seemed to stand for an endless while,
Though still no word was said,
Three men alive on Flannan Isle,
Who thought, on three men dead.”
Wilfrid William Gibson
(1878-1962),
« Flannan Isle », 1912.
Les photos ont été capturés avec les GFX100S et GFX100RF de Fujifilm.
Les simulateurs de film : c’est quoi ?
Fujifilm est une marque historiquement ancrée dans l’argentique, connue pour ses pellicules aux rendus de couleurs distinctifs. Lors du passage au numérique, cette signature visuelle a disparu — sauf à passer par la post-production. Pour y remédier, Fuji a intégré directement dans ses boîtiers des préréglages de couleurs imitant ses pellicules d’époque : ce sont les simulateurs de film.
Concrètement, ils fonctionnent comme des filtres appliqués à la prise de vue, offrant un rendu « pré-retouché » sans aucune manipulation supplémentaire. Ils s’appliquent uniquement sur les fichiers JPEG — pas sur les fichiers RAW, qui, par définition, conservent l’image la plus brute possible pour laisser un maximum de latitude en post-production.
C’est donc particulièrement utile pour les débutant·e·s ou celles et ceux qui ne souhaitent pas retoucher leurs photos, tout en obtenant un résultat soigné directement à la sortie du boîtier.
À l’inverse, pour celles et ceux qui préfèrent shooter RAW, les fichiers natifs Fuji donnent accès à des profils avec des simulations de films similaire actionnables sur Lightroom, afin d’obtenir un effet similaire en post-production avec davantage de contrôle.
Cette aventure a aussi fait naître un film, Keep the lamp alight, dans lequel les habitants de Lewis & Harris nous racontent l’histoire des gardiens de phare disparus.
*INSERTION VIDEO YOUTUBE*
En partenariat avec
Fujifilm
Depuis plus de 90 ans, Fujifilm est à la pointe de l’innovation dans le domaine de la prise de vue grâce à des technologies exclusives de reproduction des couleurs. Ses appareils photo numériques de la série X et GFX offrent une qualité d’image élevée et répondent aux besoins photo et vidéo d’un grand nombre de créateurs à la recherche de produits innovants et légers, pour encore plus de mobilité.
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