52 fois par an : le bonheur de la micro-aventure

Plutôt que de tirer un trait sur sa soif de découverte, il suffit de réduire son échelle pour bousculer son quotidien. Se lever de son canapé, ouvrir la porte et aller passer une nuit, ou deux, dehors...

Faire cohabiter vie citadine haletante et déconnexion en pleine nature sur le même emploi du temps : voilà ce que propose la micro-aventure. Un concept que l’on essaie de mettre en pratique aussi souvent que possible, le temps d’un week-end, que l’on vous présentait dans notre 7e volume papier en juin dernier, en collaboration avec Fujifilm. Voici aujourd’hui cet article en ligne.

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« J’ai pas le temps, désolé. »

Si l’on faisait une étude statistique des réponses obtenues aux propositions de sortie, de dîner ou de week-end faîtes aux jeunes surbookées d’aujourd’hui, nul doute que ces quelques mots l’emporteraient haut la main. Entre le boulot, le sport, le couple, la famille… Il ne reste en effet pas beaucoup d’espace libre sur notre agenda pour y glisser un extra. Et cela n’ira pas en s’arrangeant. Avec l’âge, les responsabilités s’empilent : on ajoute des crédits, l’achat d’un appartement, sa propre entreprise à gérer, la naissance d’un bébé…

De l’autre côté, on lit Jack London, Jules Verne ou Jon Krakauer, on regarde des documentaires et on scrolle notre feed Instagram. On se laisse bercer par des histoires d’alpinisme, de continents traversés en solitaire, de conquêtes des pôles ou de cabane au fond des bois. Toujours, on envie ces explorateurs, on admire le courage de ces amoureux de liberté qui courent après leurs rêves. Souvent, on se dit qu’un jour ce sera notre tour. Mais il faut d’abord terminer ce fichier Excel. On verra l’année prochaine, quand la boîte tournera assez bien, ou quand le petit aura 6 ans, ce sera plus simple pour lui. Et pour nous aussi.

Soyons honnêtes. Si je ne trouve pas le temps pour un resto le vendredi soir lors d’une semaine lambda, je suis bien loin de boucler mon sac pour partir six mois en van sur les routes de Patagonie comme Yvon Chouinard et Doug Tompkins le faisaient en 1968. Mais même en partant du principe que chacun réalisera son rêve en temps voulu, qu’advient-il dans l’intervalle ? Cinq semaines de vacances par an, pour organiser des voyages en bonne et due forme, et 47 semaines de monotone frustration ?

Pour pallier à ce manque, il existe la micro-aventure. Popularisé par l’aventurier britannique Alastair Humphreys, ce terme caractérise une aventure courte et accessible, pour « les gens qui ont des vies normales. » Le concept est simple : plutôt que de tirer un trait sur sa soif de découverte, il suffit de réduire son échelle pour bousculer son quotidien. Se lever de son canapé, ouvrir la porte et aller passer une nuit, ou deux, dehors. C’est aussi bête que ça !

Un week-end suffirait donc à vivre une aventure, même quand on habite en ville. Ceux qui ont depuis toujours cette curiosité de l’extérieur n’ont pas attendu le buzzword pour aller gambader, mais pour les autres, pour qui demeure l’impression que la véritable aventure se trouve à l’autre bout du monde, dans les larmes et la sueur, il représente douce une piqûre de rappel.

Ces micro-aventures peuvent prendre toutes les formes : dormir à la belle étoile dans une forêt près de chez soi, pédaler tout droit sur 100 km avant de mettre son vélo dans le train du retour, partir 48 heures en montagne, ses skis de rando sur le dos, descendre la Seine en kayak… Si l’expression « sortir de sa zone de confort » n’était pas si galvaudée, elle resterait ici de meilleur usage. Se rafraichir les idées et vivre de nouvelles expériences, voilà l’objectif.

Inutile, donc, d’aller bien loin : la France regorge de trésors, pour qui sait ouvrir l’oeil. Un territoire de 1000 km sur 600 d’une diversité rare, où se côtoient forêts immenses et montagnes aiguisées, côtes déchainées et mer d’huile turquoise, paysages polaires et canyons arides… Une sorte de planète miniature où la nature domine. Les températures glaciales du village de Mouthe, dans le Jura, lui valent le surnom de Petite Sibérie. Je défierais quiconque de reconnaître un cliché des Vosges caché dans un album photo du Canada. Quant à la côte Basque, elle n’a pas grand-chose à envier à la Californie. Sur l’intégralité du territoire, on peut se balader, courir, surfer, skier, grimper et observer la faune dans des paysages magnifiques à moins de deux heures de voiture d’une grande ville.

En avril, on a fini par concrétiser un projet de longue date. Partir en groupe pour marcher, loin de tout, hors du réseau téléphonique. Naturellement, notre choix s’est porté sur les hauts plateaux du Vercors, « le plus grand désert de France » comme disait notre guide. Unique par sa taille de 17 000 hectares, la réserve naturelle des Hauts-Plateaux s’étend sur 10 % du territoire du Parc naturel régional du Vercors. Elle est aujourd’hui la plus vaste réserve terrestre de France métropolitaine. Comme leur nom ne l’indique pas, ces plateaux ne sont pas si plats, et il faut les maîtriser pour savoir par où y entrer, et par où en sortir, au risque de rester bloqué là-haut.

Compris entre 1050m et 2341m d’altitude, ils subissent des influences climatiques très contrastées, à la charnière entre les Préalpes du nord et celles du sud. Cette année, les chutes de neige abondantes ont laissé une couche blanche sur l’ensemble du parcours, nous obligeant à chausser les raquettes. Depuis la fin de la petite route forestière, où l’on abandonne les voitures, on serpente entre les pins à crochets en traînant nos pulkas remplies de vivres et du matériel nécessaire pour passer deux jours complètement isolés.

Deux heures plus tard, on atteint notre camp de base. Une charmante cabane forestière en bois, sans eau ni électricité, avec une petite pièce principale, un étroit garage qui sert de cuisine et un étage où l’on s’entassera pour passer la nuit au chaud. On y dépose le matériel et on profite du soleil pour entamer un morceau de fromage, avant de repartir tracer notre chemin dans la forêt. Le plus souvent, on marche dans les pas de son prédécesseur pour économiser des forces.

Marmotte, tétras lyre, aigle royal, chamois… Ici, la vie animale sait se faire discrète mais reste omniprésente. Le crissement des raquettes sur la neige tassée ne nous laisse de toute façon aucune chance de croiser âme qui vive. En revanche, les traces et excréments offertes par les dernières visites des renards et des loups ne nous quitteront pas du week-end. Avec les réintroductions en cours, on aura peut-être la chance, d’ici quelques années, de croiser le chemin du bouquetin des Alpes, du vautour fauve ou du gypaète barbu.

De temps à autre, le rideau de sapins se lève sur de larges étendues vierges. La neige, plus meuble, nous offre un moment de silence. Par deux fois, on croise un skieur de rando, qui nous rappelle qu’en bas, le monde est peuplé. Cinq heures de marche plus tard, la boucle bouclée nous ramène à la maison. Répit espéré. Repos mérité. Au mur, la carte géographique des plateaux reflète les flammes de la cheminée, alors que les chaussettes étendues à la corde à linge fument comme la marmite de soupe à la tomate. La nuit tombe calmement, au rythme des histoires de rencontres d’ours polaire et d’expéditions lointaines de notre guide. On équipe nos frontales pour explorer la zone de nuit et trouver un spot pour admirer les étoiles, avant de rentrer se glisser dans nos duvets 0°C.

À six heures, le réveil sonne. La nuit est encore là, mais la micro-aventure ne côtoie pas la grasse matinée. Ça tombe bien, on n’est pas venu pour ça. Rapidement, on repart s’enfoncer à travers les pins, sous l’œil bienveillant du Grand Veymont, le point culminant du Vercors. Comme la veille, le soleil tape et la neige crisse sous nos pas. « L’aventure commence quand quelqu’un dit : je connais un raccourci ! » reprend notre guide en scrutant la carte, avant de nous annoncer qu’il ne sait pas vraiment où l’on se trouve. Mais il en faudrait plus pour déboussoler un tel matelot, et à midi, tout le monde est à bon port. Un morceau de saucisson plus tard, on plie bagage pour retrouver les voitures, en bas de la route forestière, point final du voyage. Après quelques accolades aux airs d’au-revoir de fin de colonie de vacances, chacun repart de son côté.

Le réseau est revenu, et 184 notifications WhatsApp ramènent plutôt vite à la réalité. Mais l’entreprise a tenu ses promesses. À quelques heures de la capitale, on s’est tous retrouvés pour se couper du monde et s’immerger dans la nature. On n’est ni partis six mois, ni à l’autre bout du monde, et pourtant, le sentiment de déconnexion était total.

Et ça tombe bien. Il y a 52 week-ends par an.

Cette série a été photographiée avec l’appareil Fujifilm X-T20.

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