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Sur les traces de la panthère des neiges au Kirghizistan

À la recherche de l’énigmatique félin blanc sur les sommets enneigés du Kirghizistan

Depuis toujours, l’homme est fasciné par l’animal qu’il tente d’observer et de comprendre. Dans notre cinquième volume papier, Jean-Michel Bertrand nous racontait son périple sur les traces du loup dans une vallée des Alpes. Geoffrey Bire est quant à lui parti en expédition sur les sommets enneigés du Kirghizistan, guettant les traces d’un animal aussi rare que mystérieux : la panthère des neiges.

 


 

L
e vent glacial s’est levé ce matin, nous nous sommes réveillés aux aurores. Quatre jours que nous progressons dans la réserve sauvage de Naryn, au Kirghizistan. Une terre rigoureuse qu’aucune route ne traverse, qu’aucun village ne peuple et où aucune culture ne pousse. C’est le royaume de la panthère des neiges, inconnue et furtive, fantasmée et majestueuse.

Nous avançons à cheval, chargés de notre matériel d’expédition, notre nourriture et nos tentes, accompagnés de nos amis rangers Kirghizes, qui vivent là et protègent toute l’année cette zone immense et fragile. Nous sommes en octobre, l’hiver approche. On le sent, il saisit. Il traverse les capuches de toile cirée et gèle les pieds. La nuit les tentes frémissent sous des températures négatives et la chute de légers flocons.

À 3000 mètres d’altitude, la végétation est rare. C’est le début des hibernations. Déjà les marmottes se sont enterrées, elles seront suivies des ours en décembre. Les loups qui rôdent au milieu du campement la nuit le savent et, une nuit, ils font timidement une tentative pour décrocher ce jarret de mouton congelé que l’on a pendu à un tendeur de tente, avant de s’enfuir sous les halos de nos lampes frontales.

Notre objectif : relever les pièges photographiques laissés en juin dernier, des petits boitiers qui attendent, tels des vigies inflexibles, le moindre passage, le moindre mouvement, pour se déclencher et capturer un renard curieux, un chamois crapahuteur, un ours joueur, un simple flocon ou la fameuse panthère des neiges. Un matin, au départ d’une ascension à la recherche de ces fameux pièges, nous tombons sur des traces de panthère fraîches à 400 mètres seulement du campement. Elles n’ont pas plus de douze heure.

Nous les suivons dans un état d’excitation à peine dissimulé, attentifs aux traces de grattages et autres touffes de poils emmêlées dans les arbustes ayant croisé son chemin. Il faut noter les coordonnées GPS de chaque indice, chaque témoin. Nous perdons finalement sa trace au sommet d’une falaise. Impossible de savoir dans quelle direction aller. Mais en arrivant au piège photo, la panthère est bien là, sur la carte mémoire, curieuse et intriguée.

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Nous aurons passé une vingtaine de jours à progresser dans ces montagnes à cheval sur des raidillons, en bord de précipice, dans l’écho glacial des torrents gelés. Un petit groupe de funambules perchés sur leurs solides montures. Il y a Jocki, vice-président de la réserve et chef des gardes-chasses kirghizes, Makou et Takou ayant chacun la responsabilité d’une zone. Il y a Bastien, naturaliste la moitié de l’année pour un programme de protection de la panthère des neiges au Kirghizistan et berger en France le reste du temps. Stéphane et Camille, tous deux naturalistes. Vincent, Pascal et Françoise, aventuriers téméraires. Il y a aussi mes appareils photos qui témoignent comme ils le peuvent de notre aventure.

Le Kirghizistan est une découverte fantastique, un endroit sauvage et peu connu. Il faut voir son peuple, la virtuosité de ces fiers cavaliers quand ils se défient à la lutte montée, la générosité de l’accueil, les sourires sur ces visages brûlés par le soleil d’altitude et ces regards entiers. L’essentiel du voyage se déroule à cheval, sur quelques centaines de kilomètres dans la réserve naturelle de Naryn. Avant, il y eut la découverte de Bishkek, la capitale, son marché grouillant, ses statues de Lénine, ses grandes infrastructures de béton, souvenirs de l’ère soviétique. Il y eut les routes de Naryn à Yssik-Kul, son lac, l’un des plus grands d’Asie centrale. Il y eut la piste défoncée en vieux SUV soviétique, le passage à guets de ruisseaux dans les carlingues fumantes. Il y eut le froid, souvent, que le confort ponctuel d’une cabane en rondins fait oublier.

Ce froid qui vide les batteries et gèle les lacets mais qui amène la neige. Avec elle se révèlent les traces de la faune environnante. Des cerfs, des chamois, des bouquetins par centaines, des aigles, des gypaètes barbus, des ours, des loups, des renards… Une faune riche et préservée. Un équilibre fragile et précieux en plein coeur de l’Asie centrale, là où se croisent les civilisations. C’est un monde qui respire que l’homme observe, jumelles à la main. Un monde qui apparaît quand l’homme se retire, un monde qui vit quand l’homme disparaît.

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