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Trois mois dans une ferme en Islande

De l'hiver à l'été, prendre le temps de voir les saisons passer et l'île se transformer

Il y a quelques semaines, nous vous emmenions en Islande pour un road trip tout autour de l’île, que vous avez pu suivre sur notre compte Instagram. David Mulnard a quant à lui choisi de rester trois mois chez un couple de fermiers avec l’envie de s’arrêter, de prendre le temps de découvrir le quotidien islandais et ses évolutions au fil des saisons.

 


 

L
e temps. On cherche tous à le contrôler, à le gérer, afin d’en posséder un maximum. Qu’en est-il de sa contemplation ? Est-il possible de l’avoir comme allié ? C’est ce que j’ai cherché à comprendre en passant trois mois dans une ferme islandaise.

Leyningur, c’est le nom de la ferme où j’ai passé mon temps. Elle se situe à 40 km au sud d’Akureyri, l’un des derniers domaines avant les hautes terres. Hafdís Dögg et Halldór Hauksson m’accueillent dans leur modeste ferme. Je m’habitue doucement à leur rythme de vie. Le travail s’effectue principalement tôt le matin et en début de soirée. Hafdis travaille beaucoup. La nuit, elle part en ville travailler dans une maison de retraite et elle revient le matin pour aider son mari à finir la traite. Cette femme est un exemple de vie.

Quand j’arrive, au début du mois d’avril, l’hiver est encore très présent. Le blanc des montagnes et des plaines se confond avec le ciel. L’hiver ralentit tous les mouvements. Les lacs se figent, les animaux se font discrets et le silence se fait. Après deux semaines, je perçois les premiers changements. Mes préoccupations diffèrent et mes envies se simplifient. Je laisse infuser le temps. Chaque journée est comme un roman de 400 pages. De temps à autre mon esprit m’échappe comme lorsque je marche et me retrouve tout à coup sur le flanc d’une montagne. En face de moi, la vallée de l’Eyjafjörður se dégage sur des dizaines de kilomètres.

Peu à peu l’hiver perd ses batailles face aux températures grimpantes. Le froid résistera encore quelques jours avant de capituler. Le soleil peine de plus en plus à disparaitre sous l’horizon. J’observe sa danse tout au long d’une journée à ciel dégagé, c’est alors que je prends conscience de ma position sur terre. Allongé dans un hot-pot avec une eau à 39°, je contemple la lutte entre l’obscurité et la lumière. Jour après jour, la nuit perd du terrain. Elle se fera de plus en plus timide. Le soir, je scrute le ciel à la recherche de la lune. Cela fait plusieurs jours que je ne l’ai plus aperçue.

Il fait bon vivre à Leyningur. L’air se réchauffe et le vent nous offre quelques instants de répit alors que la vallée se colore doucement et que les rivières gagnent en intensité. Témoin privilégié du changement, je parcours les montagnes accompagnées des trois chiens de la ferme. Nous profitons de ce terrain de jeu infini. Notre liberté est à l’image de notre univers : en expansion. Avec eux, j’ai envie de m’aventurer plusieurs jours dans les hautes terres mais Haldor me le déconseille car les neiges y sont encore trop abondantes. Malgré une légère déception, je sais qu’il connaît sa région et qu’il veille sur moi. Il restera la meilleure rencontre de ce voyage. En compagnie de sa famille, les soucis du monde s’évanouissent.

Avant la fin de mon séjour, je réponds à l’appel magnétique du cercle polaire Arctique et décide de parcourir les villages du Nord de l’île. La mer du Groenland est mystérieuse. Les anciens villages de pêcheurs qui bordent la côte sont protégés par les fjords. Les rencontres se succèdent comme les paysages. Quand vient le matin, les oiseaux me forcent à me lever et je passe alors plusieurs heures à marcher le long des routes. Je découvre la vie dans des villages très peu peuplés. Ce sont des lieux sûrs et à l’abri du monde extérieur.

Je me hâte de retrouver ma ferme, mon abri temporel. À mon retour, l’accueil est chaleureux. Hafdis et Haldor sont à l’image des montagnes qui les entourent. Ils rassurent par leur force et propagent un sentiment de sérénité. Je profiterais de leur compagnie jusqu’aux derniers instants.

Au cours de mon séjour, je me suis aperçu de la valeur du temps. Il est précieux. Sans lui, il n’y aurait pas de début, ni de fin. Nous en avons besoin pour apprécier un moment. J’ai cessé de courir après, je le laisse venir à moi et c’est alors qu’il me livre ses secrets. Il m’a appris à observer, à écouter, il possède sa propre existence. Il s’écoule dans un sens et il ne faut pas chercher à le modifier. Aucun instrument de mesure n’arrivera à le contrôler. Il reste libre, comme le vent du Nord venue d’Islande.

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