
Habitant depuis plusieurs années l’immensité brute de la Toundra, la photographe animalière Charline Palomares et le réalisateur Lionel Prado ont entrepris, le temps d’un trek d’une semaine, une traversée du grand nord. Équipés pour évoluer en autonomie dans cet environnement changeant, ils ont parcouru ces paysages mouvants, entre lumières d’automne, humidité et reliefs contrastés. De cette expérience est né un documentaire contemplatif, Whispers of the North, en collaboration avec l’équipementier Simond, qui donne à voir la Toundra dans toute sa complexité, entre rudesse et poésie. Une parenthèse hors du temps, où la marche, le bivouac et l’observation deviennent autant de manières de se reconnecter au vivant – et à soi-même.
Les Others : Qu’est-ce que la Toundra a de si exceptionnel ? Pourquoi avez-vous eu ce coup de cœur ?
Lionel Prado : J’ai découvert le Grand Nord lors d’une grande aventure au Yukon, au nord-ouest du Canada, et ça a été un véritable coup de foudre. Il y a quelque chose de très puissant dans ces territoires : une sensation d’espace, de liberté, mais aussi une forme d’humilité face à la nature. Après cette expérience, j’ai eu envie d’explorer le nord de l’Europe, qui est différent – plus subtil, plus nuancé, presque plus intime dans sa manière de se révéler. Ce que je recherche, ce sont les grands espaces, les zones où l’on perd ses repères. La toundra incarne parfaitement cela : c’est un milieu ouvert, sans frontières visibles, où les éléments prennent toute la place. On y ressent très fortement le vent, la lumière, les variations du climat. C’est un environnement qui nous dépasse, et c’est précisément ce qui m’attire.
Charline Palomares : Pour moi, la rencontre a été un peu différente. Je travaillais sur un film – qui n’était pas le mien – et j’ai découvert la toundra presque par hasard. Mais dès les premiers instants, j’ai été saisie. Il y a une poésie très forte dans ces paysages, dans les contrastes, dans les lumières. J’ai eu l’impression d’être face à un tableau vivant, qui change en permanence. En quelques heures, les couleurs, les ambiances, les textures évoluent complètement. C’est un territoire en mouvement constant, et je crois que c’est ce qui m’a touchée. Très vite, je m’y suis sentie à ma place, cet environnement résonnait en moi.
Les Others : D’où cette envie d’y retourner, puis de vous y installer ?
C.P. : Au début, j’y suis retournée plusieurs fois, mais ces allers-retours ont fini par devenir difficiles. Le contraste avec la France était très violent pour moi. Passer d’un environnement aussi brut à un quotidien plus structuré, plus dense, était presque déstabilisant. J’ai ressenti le besoin de m’immerger complètement, sur le long terme. Depuis plusieurs années, nous vivons en partie en van aménagé, au rythme de randonnées et bivouacs par toutes saisons, afin de mieux comprendre cet environnement et d’en témoigner.
L.P. : Aujourd’hui, on travaille tous les deux sur le Nord à travers nos projets respectifs. On n’est plus dans une logique de voyage. On vit là-haut pour rester connectés à ce biotope qui nous inspire et mieux le comprendre sur la durée. Le projet de trek d’une semaine avec Simond était une parenthèse dans ce quotidien, une expérience ponctuelle au sein d’une immersion.
Les Others : Comment décririez-vous les paysages de la toundra ?
L.P. : Ce qui me frappe d’abord, c’est leur immensité. Ce sont des paysages qui laissent une place énorme à l’imaginaire.
C.P. : Je reviens souvent à cette idée de tableau vivant. La toundra est en perpétuelle évolution : la lumière, la météo, les couleurs, tout change constamment. Et ce qui est fascinant, c’est que ces transformations sont parfois très rapides. On dit souvent qu’il n’y a pas quatre saisons, mais huit. Parce qu’en quelques semaines, voire quelques jours, les paysages peuvent se métamorphoser. Chaque période a sa propre identité et sa propre atmosphère. C’est aussi pour cela que l’immersion longue est essentielle pour nous : elle permet de saisir toutes ces nuances, de comprendre les cycles.
L.P. : La lumière joue un rôle énorme. En automne et en hiver notamment, elle est très douce, très basse, presque constante. Pour un photographe, c’est incroyable !
C.P. : Ce qui est intéressant aussi, c’est la dualité du lieu. Il peut être en effet extrêmement doux, presque apaisant, et en même temps devenir très rude. La météo peut être violente, imprévisible. On peut enchaîner plusieurs jours de vent, de pluie, de brouillard, ou de blizzard en hiver. C’est éprouvant, mais c’est aussi très formateur. On apprend à observer, à anticiper, à lire le ciel, les nuages, les signes avant-coureurs. La toundra peut être extraordinaire mais aussi austère.

Les Others : À quelle période avez-vous fait ce trek ?
C.P. : Nous étions dans une période de transition, juste après celle des récoltes de baies. C’est le moment où la végétation passe progressivement du vert à des teintes rouges, jaunes, orangées. C’est une phase très courte, parfois éphémère. Certaines années, elle ne dure que quelques jours avant que les tempêtes n’arrivent et ne balayent tout. Le vent peut faire tomber les feuilles très rapidement. Cette année-là, on a eu beaucoup de chance : la période a duré plus longtemps que d’habitude. On a pu en profiter pleinement, même après le trek, en restant sur place. C’est une saison que je trouve particulièrement poétique, justement parce qu’elle est fragile et fugace.
L.P. : Ce qui était intéressant aussi, c’est qu’on a traversé différents biotopes en fonction de l’altitude. À certains endroits, la végétation était encore verte, à d’autres elle était déjà passée en mode automnal. On a aussi évolué dans des zones plus minérales, avec des pierriers, des paysages plus rocailleux. Cette diversité rendait le parcours très riche visuellement.
Les Others : Quelles sont les spécificités de ce milieu ?
C.P. : La toundra est un environnement exigeant. Il y a une forme d’inconfort permanent, même en été. La météo, l’humidité, le terrain… tout demande de l’adaptation. Mais c’est aussi ce qui rend l’expérience intéressante. Cette difficulté pousse à se confronter à soi-même.
Les Others : Comment vous êtes-vous préparés pour ce trek ?
L.P. : Je ne crois pas à la préparation de dernière minute. Pour moi, c’est un cheminement. J’ai commencé par des environnements à proximité de chez moi, comme le Mercantour, pour développer mon autonomie. Apprendre à se débrouiller seul, à gérer son alimentation, son bivouac, à comprendre les éléments… c’est essentiel avant de partir dans des milieux plus engagés.
Les Others : Quelle place occupe la photo animalière dans votre démarche ?
L.P. : Dans ce type d’aventure, ce n’est pas la performance qui compte, ni le fait de cocher des cases. On ne part pas avec une liste d’animaux à voir absolument. Ce que l’on cherche, c’est l’inattendu, la rencontre. Une rencontre avec le vivant, mais aussi avec soi-même. Si l’on accepte de se rendre disponible, il y a toujours quelque chose qui se passe, quelque chose à raconter.
C.P. : Chaque rencontre avec un animal est intense. J’ai souvent l’impression d’entrer dans un espace où quelque chose se joue au-delà du visible. Un souvenir m’a particulièrement marquée : celui d’un vieux bœuf musqué en fin de vie. Il était allongé, affaibli, incapable de se battre. Je suis restée trois jours près de lui pour l’observer. Au début, c’était très difficile émotionnellement. Puis je me suis apaisée. J’ai compris qu’il incarnait un cycle naturel, il m’a aidé à ne plus craindre la mort.

Les Others : L’absence d’attentes joue-t-elle un rôle dans ces expériences ? Êtes-vous souvent surpris ?
C.P. : Oui, énormément. Ne pas avoir d’attentes permet d’accueillir ce qui arrive. On n’est pas dans la frustration, mais dans l’ouverture. Et du coup, on est souvent surpris !
L.P. : Je me souviens d’un matin où je suis parti pêcher très tôt, dans un lac enveloppé de brume. J’ai vécu un moment très fort, presque suspendu. Au-delà de la pêche en elle-même, c’était une reconnexion avec l’enfant que j’étais, avec des rêves simples.
Les Others : Avez-vous rencontré des difficultés ?
C.P. : Mon principal doute concernait le fait d’emmener une équipe – en l’occurence, celle de Simond – dans un lieu que je considère comme intime, presque sacré. Je me demandais si c’était juste de le partager ainsi. Finalement, l’expérience humaine a été très belle. L’équipe était respectueuse, sensible, et en accord avec notre vision.
L.P. : Le terrain en lui-même est exigeant : marécages, rivières, absence de sentiers.
C.P. : Et surtout l’humidité. C’est probablement le plus grand défi. Elle rend le froid beaucoup plus difficile à supporter que des températures très basses mais sèches.
Les Others : Que vous apporte le bivouac dans ce type d’expéditions ?
C.P. : Le bivouac nous place dans une forme d’égalité avec les animaux qui habitent la toundra. On partage les mêmes conditions, le même environnement. Cela demande de la résilience, mais c’est aussi une forme de respect. Et cela nous pousse à ralentir, à nous adapter au rythme du vivant.
L.P. : Il y a aussi une grande simplicité dans le bivouac. Les besoins sont réduits à l’essentiel : manger, se protéger, se réchauffer. Cette simplicité libère l’esprit et permet de se reconnecter à des choses fondamentales.

Les Others : Et la marche ?
L.P. : Pour moi, c’est une véritable thérapie. Elle permet de faire le vide, de remettre de l’ordre dans ses pensées, de laisser émerger des émotions.
C.P. : La marche est introspective. Elle nous met face à nous-mêmes, sans distraction. Mais elle est aussi ponctuée de moments d’émerveillement, qui viennent équilibrer cette introspection.
Les Others : Comment les équipements Simond vous ont-ils accompagnés pendant l’aventure ?
L.P. : On a particulièrement apprécié la tente. Elle reste très accessible en termes de prix, tout en étant vraiment adaptée à ce type d’immersion. C’est une tente tunnel, fiable, simple à monter, et qui tient bien dans des conditions exigeantes. Elle fonctionne aussi très bien pour l’animalier, notamment pour faire de l’affût.
C.P. : D’autant qu’elle est très légère, ce qui fait une vraie différence quand on porte déjà des sacs de 20 à 25 kilos. Et surtout, elle est bien pensée pour l’observation. L’ouverture à l’avant permet de s’installer facilement à l’entrée, à l’abri, avec un trépied et un boîtier. Les accessoires en mérinos nous ont aussi marqués. Les sous-gants, en particulier : je les ai utilisés tout l’hiver, même par -30 degrés.
L.P. : Les premières couches en mérinos étaient aussi très efficaces. Elles tiennent bien chaud, même avec de l’humidité, ce qui est essentiel dans ce type d’environnement.

Les Others : Qu’avez-vous appris sur vous-mêmes ?
C.P. : La toundra me confronte à mes peurs et me pousse à les dépasser. Elle me révèle des parts de moi que je ne soupçonnais pas. Sur ce trek, j’ai surtout appris à faire confiance – aux autres, à leur regard, à leur manière d’être dans cet environnement.
L.P. : S’il y a une chose que je retiens, c’est cette reconnexion à l’enfant que j’étais, notamment à travers ce moment de pêche. Au-delà de l’acte en lui-même, c’est le fait d’avoir marché aux aurores, d’être arrivé jusqu’à ce lac. Ça a fait écho à des rêves d’enfance, très simples mais profondément ancrés. Dans la vie moderne, on a souvent tendance à les mettre de côté, à les oublier. Pouvoir s’y reconnecter, même brièvement, c’est précieux.
En partenariat avec
Simond
Née à Chamonix en 1860, la marque Simond met sa capacité d’innovation au service des passionnés de montagne en concevant, aux côtés des plus grands athlètes, des équipements techniques et fiables pour l’alpinisme, l’escalade, le trek et le ski de randonnée.De la conception interne aux tests en conditions extrêmes, Simond mobilise un collectif d’experts et de professionnels de la montagne pour garantir des équipements de haute performance, fiables et parfaitement adaptés aux conditions réelles du terrain.Engagée dans une démarche responsable, Simond intègre l’éco-conception dès le design pour créer des produits à moindre impact, durables et réparables, dont la fiabilité est prouvée par des tests exigeants.
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