Un mois de trek vers le camp de base de l’Everest

En route vers le toit du monde, dans le froid de l'Himalaya

Pour un alpiniste, l’ascension de l’Everest est souvent l’objectif d’une vie. Mais il ne se laisse pas si facilement approcher. En attendant de pouvoir un jour rallier le plus haut sommet du monde, Simon Lefebvre et son ami son partis relever un premier défi : braver le froid de l’Himalaya, de Katmandou jusqu’au camp de base. 

 


 

L
es poumons qui explosent et le cœur en alerte. Voilà le quotidien des alpinistes. Ma volonté était de faire partager une aventure humaine au travers de la photographie. Je suis parti avec mon ami Matthieu, avec qui nous parlions de ce projet déjà quelques années auparavant dans les salles d’escalades où nous nous entraînions. Le plus important pour cette aventure était un bon équipement pour affronter cet environnement hostile.

Arrivés à Katmandou, on entame la première partie de ce voyage par un petit avion qui nous dépose dans un des plus dangereux aéroports du monde : celui de Lukla, une piste de 200m perdue dans la chaîne himalayenne. Je ne sais pas bien encore ce que je pense trouver en entamant ce voyage. Me permettre de photographier ces paysages déjà, découvrir l’Himalaya. Je veux affronter la montagne, savoir jusqu’où je peux aller. Comme objectif, le camp de base de l’Everest en plein février, là où les températures avoisinent les -25 degrés. Ce que j’en ramène dépasse mes attentes. Ces vallées, ces chemins de montagne, ces crêtes auront testé mes limites.

D’abord, le corps, qui reprend ses droits. On commence notre ascension en pleine forme, prêts à en découdre. Quatre jours sont déjà passés, et je commence à prendre confiance en moi. Tout va vite. Mais un matin, pendant une journée d’acclimatation à 3443m d’altitude à « Namshe bazaar », marcher devient impossible. Il y a d’abord le froid, partout, tout le temps, qui m’attaque sans répit, et puis le vent. Alors mon corps lâche, et malgré toute ma volonté, je dois l’écouter, lui et la montagne. Comme s’il savait mieux que moi, il me dit « prends le temps ». Je n’avais pas saisi la force du chemin. Je reste cloué au lit, malade. Nous sommes seulement à 3443 m, j’avais déjà fait des sommets plus haut, mais ces montagnes et ces dénivelés immenses servent de préparation pour la suite.

Le lendemain, on reprend l’ascension. Avec plus de recul, la montagne m’a mis une claque, je commence à mieux comprendre où je suis et comment utiliser mon corps et mon esprit pour avancer. Un des tests d’aptitude, pour savoir si nous pouvions prendre la route le matin, était de lacer nos chaussures sans être essoufflés. Je rencontre tout au long de cette ascension ceux qui ont dompté la montagne, ceux que le froid n’atteint plus ; les familles, les porteurs, les sherpas.

Les voir monter avec des matériaux de construction aussi facilement, entre 40 et 80 kilos sur le dos, est impressionnant. Seuls objectifs : reconstruire leurs maisons détruites par les séismes et ravitailler les villages. Je les regarde chercher des bouses de yack sèches qui leur servent de combustible et découvre leur façon de cuisiner le dal baht, un plat traditionnel à base de riz et de sauce aux lentilles. J’observe la vie qui passe, lentement. Je vois la frontière entre l’Homme et la nature s’estomper peu à peu. Ils sont là depuis toujours, ils s’adaptent aux caprices des saisons et voient passer tout ceux qui, comme moi, viennent défier leur ego.

Avancer, toujours un peu plus haut.

À partir de 4800 mètres d’altitude, plus un arbre : juste de l’herbe rase et des rochers. Les températures descendent plus facilement et les grandes foulées n’existent plus. Les pas commencent à être réfléchis, même s’il est toujours assez simple d’avancer. J’économise mes forces pour aller plus haut.

Pendant l’ascension, nous sommes seuls dans nos pensées, concentrés sur la marche, mais ensemble malgré. Les migraines s’installent et ne me quitteront plus. La respiration se fait lourde, et alors la transformation opère : le nez qui gonfle et s’élargit pour faire entrer l’air insuffisant, le pouls qui s’affole pour faire circuler le sang, toujours plus vite. Je fais des pauses pour contempler des ponts suspendus et les montagnes voisines que le soleil sublime. Arrivée à Gorak Shep : dernier village avant le camp de base. Sur la route, on croise des tas de pierres, autant de petits édifices en mémoire des alpinistes disparus.

En très haute altitude, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Un jour en pleine forme, le lendemain en épuisement total. Au milieu de ces paysages d’une immensité extraordinaire, je ne peux pas parler, juste observer. Je continue ma route sans fin. Je sais que je n’atteindrai pas le sommet, qui ne se découvrira qu’au printemps, mais je sais déjà que je reviendrai. Je continue. À chaque palier, une nouvelle victoire. L’immensité m’entoure et me coupe le souffle ou le manque d’oxygène, je ne sais plus.

Nous arrivons au camp de base, enfin.

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