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Kunda, une autre réalité de la pêche à la mouche

Le film de pêche avec pas beaucoup de truites à l’écran, du ABBA et une bredouille mémorable.

Les films de pêche à la mouche connaissent un sérieux tournant esthétique dans le milieu outdoor. Certaines productions nous font oublier ces vilaines vidéos sur cassette VHS à bande son MIDI comme les québécois de Hooké, les suédois de Frontside Fly ou encore l’américain RC Cone qui a réalisé le sublime YOW en Islande. Un vent du Nord frais et salvateur pour l’image de la pratique qui atteint doucement l’Hexagone avec des débuts prometteurs comme on peut déjà le voir chez 9p#5 Media ou Bearnishfly.

Depuis quelque temps maintenant, le RISE Festival sillonne la France en projetant sur grand écran une sélection des meilleurs films de pêche à la mouche réalisés aux quatre coins du globe. Cette année, j’ai assisté à l’une des projections parmi laquelle on retrouvait un OVNI français : Kunda.

Le film nous plonge en Estonie en compagnie de la team Catch My Fly. Des rivières perdues dans la nature, une météo peu clémente, des truites invisibles. Une pêche en arrière-plan laissant la place à l’humain, au spontané et à l’authentique pur et parfois dur. Un style à la Raymond Depardon et une ambiance proche de celle d’une émission Strip-tease. Kunda livre une réalité brute de la partie de pêche entre amis.

Derrière la caméra, le réalisateur de courts métrages Charles Cheval n’a jamais tenu une canne entre les mains de sa vie. Je lui ai posé quelques questions.

Dans Kunda on peut voir les pêcheurs galérer à trouver des spots, à pêcher des truites, à faire voler un drone… Ton film c’est un peu le Lost in La Mancha de la pêche à la mouche ?

Oui, c’est un peu ça. Quand je filmais les mecs le matin avec la tête dans le brouillard, pour moi c’est clairement l’idée que je me faisais de se lever tôt avant d’aller à la pêche. En montrant ça, d’une certaine manière on s’adresse à tous les pêcheurs même si ce n’est pas forcément ce qu’ils ont envie de voir. Certains préfèrent mater ce qu’on appelle du « Fishporn ». Des films à gros plans, à gros poissons. Alors, j’imagine qu’il y a une différence entre ce genre de films et les vidéos de Hooké, mais ça va un peu dans le même sens avec les séquences hyper esthétiques, les paysages à couper le souffle, le rêve à porter de main etc. Avec Kunda, j’ai voulu dévoiler l’envers du décor, un peu comme un making-of d’une partie de pêche. Je voulais montrer l’échec, la désillusion mais aussi les rires. Les mecs s’attendaient à tout sauf à cette grosse bredouille que tout pêcheur qui se respecte connaît un jour ou l’autre.

Avant que tu partes avec eux en Estonie tu t’attendais à quoi ?

Disons que je ne m’attendais pas à des saumons de 40 kg mais au moins à de jolis plans comme des éclosions d’insectes ou des gobages de truites. Mais une fois sur place, il y avait tellement peu d’activités à filmer que très rapidement on a eu ce sentiment que rien n’allait se passer comme prévu. Les rivières semblaient introuvables, de même pour les poissons avec des conditions loin d’être favorables pour la pêche. Je me suis dit que je devais rapidement trouver un autre axe pour le film. Alors, j’ai fini par passer mon temps à filmer la team Catch My Fly dans leur galère et c’est ça qui a donné Kunda.

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Pourquoi ils ont tenu à partir pêcher en Estonie et pas en Patagonie ou en Mongolie ?

C’est clairement une question de budget. Mais, il y a aussi ce désir que je trouve courageux de leur part de vouloir explorer des zones méconnues ou peu réputées pour la pêche à la mouche. C’était vraiment leur délire de mettre les pieds sans savoir ce qu’ils allaient trouver. J’aime bien l’idée d’arpenter l’Europe en se disant que ce n’est peut-être pas l’endroit le plus excitant au monde pour pêcher mais en tentant quand même le coup.

Tout au long du film on peut entendre des sons comme ABBA, Terry Jacks ou Europe. Tu peux me parler de la bande originale qui surprend pas mal pour un film de pêche ?

C’est marrant que tu m’en parles parce qu’il y a eu une grosse opposition de point de vue sur la question de la soundtrack avec les mecs de Catch My Fly. J’ai choisi des musiques qui changent de ce qu’on peut écouter ailleurs et je me doutais que ça pouvait les bloquer. Mais en même temps, je savais pertinemment que ça collait avec l’histoire du film. Je trouve que ça donne de la candeur au film, ça les rend plus humains, plus attachants. Avec une musique folk ou trip-hop, je pense qu’il n’y aurait pas eu cette émotion.

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Ce serait quoi le style de film de pêche à la française que tu aimerais voir ?

J’imagine un truc un peu crade qui vient de la terre, genre vieille France à la Marcel Pagnol tu vois ? Quelque chose de malpropre… Notre culture c’est un peu ça aussi. Du bon vin et du fromage parce qu’on y trouve de la moisissure, du dépôt et qu’on fait mûrir tout ça. En France, il y a ce côté sale mais noble. D’ailleurs, ceux qui ne s’en privent pas et qui sont particulièrement doués ce sont les belges. Ils surfent complètement là-dessus. Dans leur humour, on retrouve ce côté sale qu’ils assument beaucoup plus que nous. J’aimerais en voir davantage des films comme ça qui sonnent « vrai » plutôt que des images hyper léchées et sans forcément de saveur derrière.

Tu serais tenté de réaliser à nouveau un film sur la pêche à la mouche ?

Pourquoi pas. Une de mes premières ambitions était de tourner un film de pêche du point de vue du poisson, sous l’eau. Je sais que pour un pêcheur ça peut paraître assez étrange de se placer du côté de la « victime », même si c’est une pêche respectueuse, mais je trouve l’idée intéressante. Sinon, j’aimerais bien réaliser d’autres documentaires orientés outdoor. Partir à l’aventure sans trop savoir ce qui t’attend c’est le pied.

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Tu travailles sur un autre projet ?

En ce moment, je réalise une web-série en 5 épisodes de 3 minutes où je filme une gerboise un peu comme mon ancien court-métrage « l’Exode de Pétule ».  J’ai eu pas mal de bestioles quand j’étais gamin c’est pour ça que j’ai toujours eu envie de tourner avec des animaux, même si ce n’est pas le plus simple pour un réalisateur. J’adorerais réaliser de la « fiction animalière » genre un conte à la Baxter mais sans donner le pouvoir de parler aux animaux.

Article par Antoine Massot.

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