Adventure #42 : Un baiser du California Zéphyr, USA

Gaëlle Jan vous emmène pour un voyage en train entre San Francisco et Chicago.

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n train. Une carrosserie étincelante. Des voitures qui se déploient à l’infini. Le sifflement retentit d’un son perçant et marque le départ. Une cinquantaine d’heures de voyage se profilent. San Francisco et la gare Amtrak d’Emeryville, Californie, s’éloignent, les grands espaces et les kilomètres, eux, se dessinent dans l’avenir.

Le sac à dos calé dans le porte-bagages et une double place dénichée – avec l’espoir de pouvoir la garder mienne pendant trois jours -, je m’installe aussi confortablement que possible. Les saccades du train inaugurent le bal, il ne reste plus qu’à s’habituer à cette douce cadence lancinante.

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Les minutes et les heures passent, la bulle prend forme. La première journée semble interminable et, paradoxalement, la quiétude du cocon me soulève et me séduit. Entre appréhension et satisfaction, mon coeur explose. Le monde parallèle qu’est le California Zephyr ne s’ouvre pas si facilement, son accession se mérite. Le coucher de soleil sur les larges étendues du Nevada fait office de récompense une fois l’initiation terminée. Envoûtée par les couleurs, étourdie par la rengaine assourdissante, je me laisse glisser sans protester dans cet espace-temps inattendu. Les secousses et les vibrations rythment alors l’avancée.

La nuit, bien que courte et délicate, est un prélude à une nouvelle journée hors du commun. Le jour se lève dans des couleurs douces et lumineuses, l’impatience m’envahit face à cette possibilité d’observer d’un peu plus près la vie du California Zephyr. En commençant par la voiture bar.

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Difficile de résister plus longtemps aux annonces de son tenancier qui vante dans son microphone les mérites de son café fraîchement passé. Rod a quelque peu exagéré les qualités de son breuvage mais je ne lui en tiens pas rigueur. L’accro au sombre nectar que je suis ne ferait pas long feu dans ce périple sans son or noir… Au fil de nos échanges, Rod, bon vivant passionné des univers de science-fiction et de Fantasy, avoue être étonné de me voir là, à bord de son Zéphyr.

Visiblement, je ne fais pas partie de la norme. Je ne peux aller à son encontre puisque effectivement, les passagers sont pour la plupart composés de familles Amish, de loups esseulés en mal de liberté et en quête de grands espaces ou de couples tous âges confondus en déplacements. Dans tous les cas, la nationalité américaine prime. Cette traversée d’Ouest en Est me permet pourtant de croiser la route de personnalités diverses et marquantes.

Une alliance francophone et germanique composée d’un voyageur solitaire et d’un duo dynamique remplit cette deuxième journée. Des parcours et valeurs semblables, proches ou complètement distincts surprennent et enrichissent cette aventure insoupçonnée. Une chose est sûre, la curiosité et l’irrésistible envie d’explorer des terres inconnues nous ont réunis à bord. Les deux acolytes reprennent leur route le soir même une fois arrivés à Denver, Nicolas et moi continuons notre progression vers l’Illinois.

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Les allées et venues entre les sièges, la voiture panoramique, la voiture-café et les sorties sur le quais lors des brefs arrêts ponctuent la dernière soirée et la troisième journée. Le bercement du train devenu habituel nous replonge dans nos bulles respectives. Les paysages défilent. Mon esprit divague, des rêves aboutis aux prochains, encore plus grands. Les Rocheuses et les couleurs ocres du Far West sont maintenant bien loin, les plaines immenses du Midwest et leurs exploitations agricoles les supplantent.

Après plusieurs heures de retard, les lumières de Chicago apparaissent dans l’obscurité. La Californie, le Nevada, l’Utah, le Colorado, le Nebraska et l’Iowa m’auront menée en Illinois. Le moment est venu de quitter ce monde suspendu et de rejoindre la réalité. À peine ai-je posé le pied sur le quai qu’une bourrasque glaciale se charge de me faire redescendre sur terre. Le froid hivernal donne le ton pour cette dernière étape du voyage… Du Zephyr à The Windy City, d’un vent à un autre, l’inconnu m’enlace et m’embrasse.

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