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20 ans plus tard, une nouvelle ascension de la pointe de Tardevant

Sur les traces du passé entre les sommets de Haute-Savoie

Il y quelques semaines, Matthieu, alias Monsieur Tober du Fresh Air Club, a pris la route avec six de ses amis en direction de la pointe du Tardevant en Haute-Savoie. Le programme : répéter une ascension effectuée 20 ans auparavant avec l’association À Chacun son Everest, qui accompagne des enfants malades au sommet des montagnes.

Une expérience personnelle et collective racontée dans le documentaire L’Autre Versant, actuellement en montage, que nous vous présenterons d’ici la fin de l’année.

 


 

L
a pluie ne s’arrête pas, le vent transforme un crachin timide en arrosage efficace. Je sens mes vêtements qui commencent à s’en imprégner. Le paysage reste incroyable, je lève la tête et respire chaque pas qui me rapproche de cette pointe. Le visage de Martin semble perplexe, un flocon se pose sur sa joue forçant l’étonnement, la joie, puis l’inquiétude. La pluie s’est transformée en neige en l’espace de quelques instants et le vent est revenu de sa pause. “Merde, le matériel !”

Nous sommes ici pour rembobiner une K7 de mon passée, pour retourner sur les lieux d’un évènement qui a marqué ma vie mais qui, du fait de mon jeune âge à l’époque, s’est estompé avec le temps. En 1996, je touche la pointe de Tardevant en Haute-Savoie avec l’Association À Chacun son Everest, entouré d’autres enfants malades et de la grande alpiniste Christine Janin. Une ascension qui symbolise le chemin vers la guérison, un chemin au dénivelé extrêmement positif qui nous amène tous vers des jours meilleurs… 21 ans plus tard, les photos souvenirs de l’époque en poche, me revoilà sur la piste, prêt à raconter mon histoire, prêt à boucler la boucle.

Sur le trajet entre Paris et La Clusaz, à 7 dans un van, on avale les kilomètres en imaginant notre aventure. J’ai réuni cette bande de grands fous, plus habitués aux cafés-terrasses parisiens qu’aux ascensions délicates, mais nous formons une belle équipe, aussi amateurs et immatures qu’à l’époque. C’est notre première expérience de tournage sur les hauteurs, alors il faut nous pardonner. On passe le trajet à imaginer le périple, qui ne devrait pas être si compliqué, puisque je l’avais fait à 8 ans, malade. Puis, on en revient à l’histoire pour que j’en raconte un peu plus, que j’accepte aussi de m’ouvrir et de parler des bons comme des mauvais moments.

Tout le monde semble concerné par ce projet, chacun y a trouvé une place et désire apporter sa touche pour que le résultat soit parfait. À vouloir trop bien faire, on a peut-être occulté la manière dont on hisserait tout ce que l’on a chargé dans le coffre en haut de cette montagne. Peu importe, tant qu’on a les images. Sony FS7 dans le sac, plusieurs batteries et cartes mémoires de secours, ainsi qu’un lot d’optiques pour avoir une grande marge de manoeuvre… Elle est pas belle la vie ? Et comme on a voulu écouter aussi bien que d’observer, il fallait ajouter au paquetage une mixette, les micros et la perche. L’addition sur les épaules sera salée.

Les premiers mètres en quittant le van sur le parking sont pourtant amusants. Les blagues vont bon train, alors qu’on se demande comment garder une esthétique sur les photos avec un sac de 15 kilos sur le dos… Une question sans réponse. Lorsque l’on aborde les premières pentes, le rythme cardiaque s’accélère rapidement (très très rapidement) et on commence à faire l’inventaire de ce dont on aurait dû se passer. Une liste stupide, qui va de la brosse à dent à la fameuse “bière de l’arrivée”… On en revient toujours à elle. On termine inévitablement par se demander pourquoi cette foutue bière est au fond de nos sacs. Interrompu par la beauté des paysages qui nous entourent, Guillaume lâche son sac et ordonne à tout le monde de faire de même. Il est temps de mettre les premières images dans la boite.

Je dois reconnaitre que Guillaume, le réalisateur, et Laurent, le preneur de son, ont fait preuve d’une grande patience sur ce projet qui verra le jour dans les mois à venir. Mais face à ce décor, on aurait dit deux enfants débarquant dans un magasin de jouets. Tout est filmable et rien ne doit être négligé. Plan large, grand optique, son de feuilles, les moutons à gauche, le vent venant de face… Les gouttes de sueur rapidement séchées par l’excitation. Le chemin se fait de plus en plus étroit et les épaules de plus en plus lourdes… Pas grave, tant qu’on a de l’espace sur les cartes on ne va pas cracher sur le chemin. Alors on avance au rythme du bouton “Rec”, mais en laissant la beauté des hauteurs définir le temps entre chaque pas. Le “sommet” nous tend ses bras et la caméra joue son rôle dans cette scène finale. “Ca y est, on l’a fait”.

On redescend tranquillement dans la vallée après avoir réussi notre pari fou : monter filmer les nuages. Et très vite on imagine le boulot que font ces réalisateurs spécialisés dans l’alpinisme, dans les explorations engagées, qui durent des mois… On prend conscience du rôle déterminant d’un sherpa dans une tentative de sommet, de l’importance d’être organisé pour ne pas se mettre en danger ou mettre en danger les autres… On rembobine notre trajet pour revenir au point de départ et on regarde en arrière, fiers, mais effrayés par la suite.

Demain il y aura le derushage, le montage, l’étalo, le mix… La pression est là, elle le sera encore demain. Un autre poids sur les épaules.

 

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