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Adventure #37 : Le voyage d’une vie, Sri Lanka

Embarquez pour un voyage de noces de 15 jours au Sri Lanka.
"No valise, no confort, no luxe".

V
oyage de noces »… C’est pompeux, luxueux, désincarné… C’est posey. « Le voyage d’une vie ». On préférait en faire une interprétation du mariage : le début de quelque chose ensemble, des sensations pas fortes mais intenses, un peu d’aventure et beaucoup de love ; plus qu’une plaquette de tour opérator. Au rang des destinations exotiques et surprenantes qui se prêtent au no valise, no confort, no luxe, no organisation s’est rapidement imposé le Sri Lanka. Une île qu’on appelle le « Pays du Sourire » ne pouvait qu’être dans le brief. Rien que ces 8 petites lettres sont déjà un voyage. Elles sentent le curry, la terre ocre… elles sentent l’herbe mouillée et les routes chaotiques. Le béton rugueux et les câlins très doux. Difficile exercice que de résumer 3 semaines d’anecdotes et de sensations, et pourtant plus que des visites, il y a des visages qui émergent rapidement…

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Comme le pêcheur du jour 1. Negombo. Nous venons d’arriver, une grosse dizaine d’heures de voyage dans la vue, il est 5h et déjà nous trépignons… Partagés entre l’envie de voir la mer et celle de découvrir le patelin. Il paraît qu’il y a un marché aux poissons pas loin. Allons-y. Il fait 32 degrés. Des tuktuks partout, du klaxon à en devenir sourd, on dégouline, ils nous disent qu’on est fous qu’il fait trop chaud, on s’en fiche, on marche, longtemps. 5 kilomètres par 32° c’est comme un trek en haute montagne : une épreuve d’endurance. Et puis bientôt ça pue… genre grave ! On y est. Des tonnes de petits poissons, d’immenses rectangles argentés bien organisés sur le sable, entre les vaches qui paressent et les chiens qui errent. Ce sera notre première rencontre. Elle nous donnera le ton. Des pêcheurs de père en fils, 3 générations sur le même bateau. Ils préparent la sortie de fin d’après-midi. Le Breton reconnaît les gestes : le filet entre les doigts de pied, la navette qui va et vient. Leurs questions fusent, les rôles s’inversent, ce sont eux les curieux qui nous découvrent.

Jour 2. Commence mon grand amour : les voyages en bus. Je les aime d’Amour. Inconditionnel. Sans concession. Un vieux rouge qui en a vu d’autres ; leurs banquettes en plastique élimé qui file des boutons ; leur connecteur aux ongles trop longs qui gueulent des destinations imbittables, pendus à la porte, leurs liasses à la main ; leur chauffeur intrépide qui nous entraîne tous klaxons hurlants ; leur écran de télé suspendu flambant neuf qui jure tant avec le reste ; leur musique bollywoodienne à donf (oui j’avoue je me suis un peu dandinée…) ; leurs vendeurs de samossas qui parviennent à se faufiler avec grâce et légèreté dans une foule si compacte qu’un cheveu n’y passerait pas ; leur plafond flamboyant peint en hommage à Buddha…. J’aime tout. J’aime la foule comme un jour de grève sur la ligne 13. Sans l’agressivité et les mauvaises ondes. On est assis les uns sur les autres, mais on n’a pas chaud. On est là pour 5 heures mais on ne s’ennuie pas. Bientôt le roulis agressif et irrégulier devient irrésistible et on s’endort avec bonheur sur l’épaule d’à côté.

Anuradhapura, Mihintale, Minneriya, Polonarua… ça roule, ça chante, avec poésie. Des temples. Des cités sacrés, des champs de ruines, des Dagoba partout et toujours par une chaleur de gueux. Des Moines Buddhistes qui prennent le temps de discuter, de nous interroger et de se rassurer : Oui on aime leur pays, oui c’est beau, oui c’est notre voyage de noces. Oui, c’est magique. On est trop blancs, trop roux, trop tatoués, on fascine. Alors on nous questionne, on nous touche et toujours, on nous sourit. Le voyage de l’Amour vous disais-je.

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Jour 5. La Tour Eiffel locale. Au delà de la performance des millions de marches grimpées à la fraîche, une histoire délicieuse : ce Prince parricide, avide de pouvoir qui exile son frère et qui courageux mais pas téméraire se planque au fin fond de la jungle, se barricade dans un palais imprenable bâti sur un bouchon de volcan. Bien sûr son frère reviendra et lui fera passer un sale quart d’heure. Vue imprenable. Retour à la vraie vie : il y a d’autres touristes que nous dans ce pays…

Jour 8. Les voyages en train. Des touristes. Qu’eux. C’est la guerre. Comme un jour de grève sur la ligne 13 : agressif, égoïste, mauvais. Il n’y a plus de bonnes ondes. Il faut jouer des coudes, savoir se placer. Trois fois plus de voyageurs que de sièges, quinze fois plus de touristes que d’espace. Il pleut des backpacks. Et puis soudain, des nouvelles copines et le souffle qui se coupe. Des paysages comme des photos, le silence de la fascination. Dix longues heures à serpenter dans les plantations de thé. Des dizaines de verts différents, du relief, des terrasses, des cueilleuses et toujours des sourires si plein de tendresse, de conversations que la langue n’autorise pas.

Jour 11. La jungle. Luxuriante, fraîche, pluvieuse. On ressort les pulls avec bonheur. Les jambes dégonflent, les poumons s’emplissent. Après la canicule, le déluge, propice à la découverte. Des gouzis gouzis plus forts que de longs échanges. De l’amour par caisses. Des guides qui s’improvisent, une confiance qui ne s’achète ni ne se négocie. On s’enfonce dans les entrailles de Mère Nature, de longues marches silencieuses dans les sommets. La tête dans les nuages.

Jour 15. Saturation. Rice and curry, matin, midi et soir, littéralement… On déteste jouer la beaufitude française à base de “y’a pas de pain dans ce pays ??” mais après quinze jours de monomanie culinaire trois fois par jour, je l’admets, nous avons pleuré nos copains Baguette, Brie et même le cousin Quinoa. C’est alors qu’est arrivé l’Homme Providentiel sur notre chemin des lamentations. Sans masque ni collants, mais avec le panache des Héros : Mister Kottu. Coup de foudre. D’un amour qui dure. Intense. L’artiste sévit entre deux taules et charme sur la terre battue. En rythme et en cadence, aérien, il fait danser ses lames, valser les légumes, frémir le pain, guincher les oeufs. Plaisir des yeux, bonheur des papilles. Oh bien sûr, le piment emportera tout avec violence. Mais les trente secondes de plaisir dépassent la souffrance. La street food, même douloureuse, a de quoi enchanter. Tous les jours, trois fois par jour !

Fin. Une dernière et on s’en va. Un au revoir comme un grand OUI à nous, au monde et à la vie. Un bain de légèreté, de la fraîcheur par vagues et de l’amour à ne plus savoir qu’en faire. Merci Lanka, you’ve been kind!

Photos : Monsieur Tober à retrouver sur son site et son compte Instagram.
Texte : Marine Catalan, alias Madame Tober

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