À la découverte du parc national de Guadeloupe, de la Soufrière à la mer

Suivre le cours des éléments pour observer toute l'influence du volcan

Les Îles de Guadeloupe, c’est les Antilles, le soleil, les plages de sable fin, les cocotiers… Un vrai paradis sur terre. Mais l’île papillon, et plus particulièrement la Basse-Terre, est aussi une terre sauvage en grande partie occupée par le parc national de Guadeloupe. Ce massif montagneux abrite une faune et une flore exceptionnelles, le tout sous l’oeil du volcan de la Soufrière.

Sur notre compte Instagram, vous aviez assisté à l’ascension de la Soufrière que l’on avait débutée au petit matin. On espérait y voir le soleil se lever avant de poursuivre notre randonnée jusqu’à l’océan, mais on a aussi dû affronter la pluie, le brouillard et le vent. On vous raconte notre aventure, entre pluie, brouillard, cascades géantes et plage de sable noir.

 


 

I
l y a quelques mois, on a traversé l’océan Atlantique pour partir à la découverte des Îles de Guadeloupe. Pendant une semaine, on a sillonné l’île à bord de notre van, arpenté les « traces » (chemins de randonnée) à la recherche de cascades perdues dans la jungle et admiré des couchers de soleil exceptionnels. Mais avant de reprendre le chemin de la métropole, il nous restait à explorer un élément incontournable de l’île : la Soufrière.

On ne se trouve pas si souvent au pied d’un volcan. Ces géants exercent sur nous une attraction particulière, quelque part entre la peur et la fascination. Pendant tout notre séjour, on a gardé un oeil curieux sur le sommet de la Soufrière qui domine tout Basse-Terre. Si sa dernière éruption remonte à 1976, la « vieille dame » est bien active et sa présence se fait sentir en tout point de l’île. Pour découvrir toute l’influence que peut avoir un volcan sur son environnement, on a élaboré un plan : grimper jusqu’au sommet de la Soufrière puis suivre le cours des éléments, du cratère jusqu’à l’océan, le long du GR G1 ou « Trace des Alizés », seul sentier de randonnée qui traverse tout le parc national de Guadeloupe.

La veille, on se met d’accord sur le programme. Dans l’ordre : l’ascension de la Soufrière, le col de l’Échelle, la rivière du Grand Carbet, les chutes du Carbet puis les plages de sable noir qui ponctueront notre exploration « scientifique » des éléments volcaniques. Pour pimenter un peu la chose, on se met au défi d’atteindre le sommet suffisamment tôt pour y observer le lever de soleil. Une super idée… sur le papier. Mais la nature impose ses conditions. Tout d’abord, le soleil se lève tôt à cette période de l’année, 5h30 au plus tard. Ensuite, le sommet de la Soufrière se perd chaque jour ou presque dans les nuages. Il allait donc falloir être courageux et un peu chanceux.

Rendez-vous pris à 2h30. Une bonne heure et demie de route est nécessaire pour accéder au pied de la Soufrière depuis notre camp de base, à Deshaies, au Nord de la Basse-Terre. Au fur et à mesure des kilomètres, l’excitation prend le pas sur la fatigue. En entrant dans le massif de la Grande Découverte, on se retrouve dans l’obscurité totale, en pleine forêt tropicale. La route s’arrête à 950 mètres d’altitude. Il est temps d’enfiler nos chaussures de randonnée et de partir sur la trace du Pas du Roy, le sentier qui mène au sommet. Il est 4 heures du matin, un panneau indique 1h45 de marche. En ne traînant pas trop, on devrait arriver juste à temps pour voir le soleil se lever. On allume nos frontales, c’est parti.

La première partie du chemin se fait à travers la jungle. Autour de nous s’élèvent toutes sortes de cris d’oiseaux, de bruits d’insectes et d’on ne sait trop quoi d’autre. On ne s’attendait pas à un tel vacarme ! Pour être honnête, c’est un peu angoissant, d’autant qu’on ne voit pas à plus d’un mètre devant nous… L’immersion est totale. Au bout d’une demi-heure, on émerge de la forêt, à 1140 mètres d’altitude. L’ascension à flan de volcan débute alors réellement. Le terrain est plutôt escarpé alors on garde les yeux rivés sur le cercle de lumière de nos frontales pour ne pas tomber. L’heure tourne et on commence à apercevoir quelques éclats de lumière dans le ciel. Il ne faut pas traîner !

Après une petite heure d’ascension, on sent les premières vapeurs de souffre. C’est surprenant au début mais aussi motivant : plus cette odeur d’oeuf pourri est forte, plus on s’approche du sommet ! La pluie, qui nous accompagne depuis le début mais était supportable jusqu’ici, redouble d’intensité. C’est bien simple : chaque millimètre de peau ou de tissu est détrempé, on a de la boue jusqu’aux joues. Impossible de sortir le matériel photo plus d’une seconde…

La lumière du jour monte peu à peu et le brouillard prend une teinte bleutée. L’atmosphère est indescriptible. Encore quelques mètres — quelques chutes aussi — et on atteint le sommet. Un panneau indique 1467 mètres, le point culminant des Petites Antilles. Rapide coup d’oeil à nos montres, il est 5h31. Juste à temps ! Et le soleil ? Il est où ? On réalise que ce qu’on redoutait la veille est en train d’arriver : nous voilà pris au piège dans les nuages. Il faut faire le deuil du lever de soleil et de la vue à 360° qu’on s’était imaginés.

On fait le tour du sommet, des différents gouffres et cratères, jusqu’à la Porte d’Enfer et la Mare au diable… Des noms à l’image de l’ambiance qui règne ici ! On reste un moment dans le Refuge des Montagnards, un abri en béton bâti dans les années 1930, le temps de reprendre des forces. Dès qu’un rayon de soleil peine à percer les nuages, on reprend l’espoir d’une miraculeuse éclaircie, mais il faut bien se décider à partir. On entame la descente, un peu déçus mais contents d’être parvenus jusqu’ici. Finalement, on se dit que les conditions météo ont rendu notre aventure plus difficile mais aussi plus intense, et nous ont offert un paysage lunaire qu’on n’est pas près d’oublier.

Sur le chemin du retour, on découvre à la lumière du jour tout ce qu’on a traversé à aller : des roches aux formes invraisemblables, des failles impressionnantes, des plantes dignes de Jurassic Parc… La végétation de la Soufrière est très particulière, composée de broméliacées, de sphaignes et de lycopodes, seules plantes capables de résister aux conditions difficiles imposées par les émissions gazeuses du volcan.

À mi-chemin apparaît un embranchement et un second sentier qui se perd dans le brouillard. Selon notre plan initial, on aurait dû l’emprunter pour rejoindre le Col de l’Échelle et la rivière du Grand Carbet. Mais face aux éléments, on décide d’abdiquer et de redescendre jusqu’au van. Une fois en bas, on longe les Bains Jaunes, ces bassins d’eau chaude alimentés par le volcan. En temps normal, on aurait adoré s’y baigner, mais puisqu’on est déjà trempés…

On saute dans le van. Pas question d’en rester là ! Notre randonnée initiale est tombée à l’eau, c’est le cas de le dire, mais on décide tout de même de poursuivre notre chemin par la route. On ne va quand même pas quitter le parc sans avoir vu les cascades géantes dont on a rêvé ! On prend donc la direction des chutes du Carbet. Découvertes par Christophe Colomb en 1493, ces trois cascades sont alimentées par la rivière qui prend sa source à 1300 mètres d’altitude dans le flan Est de la Soufrière. Son eau chargée en souffre et en fer colore la roche de rouge-orangé.

Une demi-heure de route plus tard, on aperçoit ces immenses cascades au loin. Notre nouvel objectif : la 2e chute du Carbet. Il faut encore marcher à travers la forêt mais le chemin est parfaitement aménagé, ce qui n’est pas pour nous déplaire après l’ascension de ce matin ! L’humidité est maximale et la végétation particulièrement dense, entre les acomats boucan et leurs racines géantes ou encore les fougères arborescentes. Plus on avance et plus s’élève le bruit du fracas de l’eau sur les rochers. Au bout du sentier, des litres et des litres se déversent face à nous, de plus de 110 mètres de haut. On reste là un bon moment, hypnotisés par le spectacle.

En début d’après-midi, on reprend la route vers l’océan pour une dernière étape à la plage de Grande Anse, à Trois-Rivières, tout au Sud de la Basse-Terre. Ici, les tortues marines parmi lesquelles la tortue luth – pouvant peser jusqu’à 500 kg – viennent pondre chaque année. On termine la journée sur le sable noir, issu de l’érosion des roches volcaniques. La boucle est bouclée. Si nos plans ont été quelque peu modifiés par les caprices de la nature, on sera quand même parvenus à suivre le cours des éléments, du sommet d’un volcan jusqu’à l’océan.

Texte : Les Others
Photographies : Fabien Voileau

Cet article a été réalisé en partenariat avec le Comité du Tourisme des îles de Guadeloupe

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