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Un raid à ski sur le Gran Paradiso, en Italie

Cinq jours de randonnée à l'assaut du plus haut sommet du massif du Grand Paradis

Le ski de randonnée offre la possibilité de combiner marche, ascension de sommet et descentes grisantes dans les endroits les plus reculés. Zeger Dox et ses amis nous racontaient ainsi leur rando autour de la Meije. Julien Lacroix et son groupe sont quant à eux partis pour 5 jours de raid à l’assaut des 4 061 mètres  du Gran Paradiso, en Italie.

 


 

L
e tour du Gran Paradiso présente tous les attraits d’un grand raid à ski. L’aspect sauvage des lieux, des étapes avec plus de 1000 m de dénivelé positif, l’hospitalité des refuges italiens alliés à l’ascension d’un 4000 confère à ce voyage dans les Alpes un caractère incontournable.Comme le disait l’alpiniste Gaston Rébuffat : “À 4000 mètres, l’air a une saveur particulière…”

J’ai réalisé ce raid à ski durant 5 jours avec Gilles Fleury, guide de haute montagne à Chamonix, mais aussi Eline, Quentin et Tristan comme compagnons de cordée. Ces quelques jours sont l’occasion pour nous, camarades de course, de nous découvrir, de vivre au rythme de la montagne, et de traverser des lieux sauvages à la fois beaux et hostiles tout en jouissant de magnifiques descentes, véritable récompense du skieur de randonnée.

L’accueil et la convivialité des refuges valdôtains pendant les haltes nous ont vite fait oublier la fatigue de la journée. Parcourir la montagne au printemps, après cet hiver de légende, nous rend heureux. Avec les levers matinaux, les efforts pour monter, le plaisir de descendre et les siestes d’après-ski, on finit par se déconnecter et se ressourcer pleinement.

Même si l’ascension du Gran Paradiso ne présente pas de grandes difficultés techniques, l’altitude, le ski sur glacier et le franchissement de certains passages contribuent à faire de cet itinéraire un objectif sérieux. Ce raid demande donc, ajouté aux qualités techniques nécessaires à l’évolution en toutes neiges avec un sac à dos de 10 à 12 kg, une bonne endurance physique.

D’abord grande réserve royale créée par le roi Victor-Emmanuel II en 1856, le parc National du Grand Paradis a été créé en 1922, entre autre, pour sauver la dernière colonie de bouquetins des Alpes. Il englobe les vallées de Cogne, de Valsavarenche et de Rhêmes ainsi que le val d’Orco et le val Sana dans le Piémont. C’est un fantastique belvédère sur les plus hauts sommets des massifs de la Vanoise, du Mont-Blanc et du Cervin. En Val d’Aoste, il est appelé aussi “Grande paroi” ou “Mont Iseran”, tandis qu’au Piémont il est connu sous le nom de “Monte del broglio”.

Jour 1

Après avoir quitté Chamonix, nous arrivons au départ de notre raid à ski au lieu-dit Pravieux à 1834 m d’altitude. Cette contrée sauvage valdôtaine de Valsavarenche est une vallée latérale du Val d’Aoste, dans les Alpes grées italiennes. Après une vérification de notre matériel de ski de randonnée, d’alpinisme et de sécurité, nous fixons les “peaux de phoque” pour débuter notre ascension dans la forêt de mélèzes. La trace raide dans le bois laisse place peu à peu à des pentes plus larges, tandis que nous atteignons l’alpage de Lavassey et ses vieilles bâtisses.

Après avoir traversé la Costa Savolera, nous arrivons au refuge Federico Chabod. Le refuge, inauguré en 1985, est situé à 2750 mètres d’altitude au pied de la paroi Nord Ouest du Gran Paradiso. C’est l’occasion pour nous de découvrir ce magnifique sommet avec cette année une face Nord entièrement en glace. L’après-midi est consacré à des exercices de sécurité enseignés par notre guide Gilles et notamment les techniques de recherche ARVA (Appareil de recherche de victime d’avalanche). Les avalanches constituent le danger essentiel de la haute montagne hivernale, il est donc essentiel de maîtriser les bases de ces techniques.

Jour 2

Le réveil sonne à 6h30 pour l’étape clé du raid. L’ascension sous le versant Nord Ouest du Gran Paradiso nous conduira au sommet de la Madonne à 4058 mètres d’altitude. Départ à 7h30 sous les premières lueurs du jour en direction de l’ancienne moraine des glaciers de Montandayné et de Laveciau. Nous poursuivons la montée en direction du centre du glacier de Laveciau dans une petite vallée glaciaire crevassée et délimitée à gauche par la face Nord du Gran Paradiso et à droite par la Schiena d’Asino.

Nous gagnons ensuite le Col de Becca di Moncorvé à 3851 mètres d’altitude. A quelques dizaines de mètre du sommet rocheux, nous ôtons les skis pour les crampons. Encordés, nous atteignons le sommet traditionnel de la Madonne. Le vrai sommet se situe le long de l’arête un peu plus au nord à 4061 mètres. Quelle belle satisfaction d’avoir gravi ce splendide sommet de 4000m, le plus haut situé entièrement en Italie!

Très vite le temps se dégrade et le début de la descente s’effectue dans un épais brouillard, la belle fenêtre météo annoncée est terminée. La mauvaise visibilité nous demande la plus grande prudence car nous skions sur un glacier. La descente par l’autre versant sur le glacier de Gran Paradiso nous conduit directement au refuge Vittorio Emanuele II. C’est parti pour 2000 mètres de descente soutenue et glaciaire !

Jour 3

Réveil 6h30. La nuit a été mouvementée, je n’ai quasiment pas dormi. Le vent violent faisait siffler les toiles du refuge.  Après un bon petit déjeuner, nous partons en direction du col du Gran Paradiso à 3 345 mètres. La montée avec les crampons est assez éprouvante. Je manque de sommeil. Les rafales de vent sont violentes et soudaines. La progression de la cordée doit être régulière et c’est Gilles, le plus expérimenté, qui donne le rythme. Pas question de faire une pause ici.

En haut, nous basculons dans la région du Piémont. Du col, nous traversons en légère montée jusqu’à la croupe du glacier di Noaschetta occidentale. Une belle descente s’offre à nous passant près du bivouac Ivrea dans un espace isolé et sauvage : la Punta Ceresole. Nous enchaînons avec une nnouvelle montée en direction du col dei Becchi à 2 990 mètres d’altitude puis ôtons les peaux pour descendre en direction du refuge Pontese. Nous passons la nuit au refuge Pontese situé à l’entrée du magnifique cirque de Piantonetto après s’être réchauffés avec des pâtes à l’arrabiata et du risotto maison.

Jour 4

Depuis le refuge Pontese nous partons à 7h30 au Nord en direction des bergeries Muanda di Teleccio pour monter un couloir assez raide et atteindre le glacier di Teleccio. Nous continuons sur le glacier en visant le col di Teleccio au nord sous l’imposante Torre del Gran San Pietro, culminant à 3 692 mètres. Nous atteignons ensuite le col par une courte montée à 37°, skis sur le dos, et enchaînons sur une superbe descente dans une neige de rêve sur le glacier di Valeille. Du grand ski de montagne !

Nous traversons plusieurs coulées d’avalanches impressionnantes. Les arbres et quelques bouquetins n’ont pas pu résister à cette furie. Nous atteignons finalement le petit village de Lillaz et ses fameuses cascades de glace. On prend une pause déjeuner bien méritée avec une belle assiette de Gnocchi di Castagne !

Nous quittons Lillaz pour Cogne, commune italienne de la vallée d’Aoste, puis l’hôtel de la Barme à Valnontey où nous passons la nuit. Dès notre arrivée à Valnontey, nous en profitons pour acheter du fromage local la Fontine à la ferme du Grand Paradis. Ce fromage de vache à texture demi-dure est un pur produit d’ici.

Jour 5

On part de l’hôtel de la Barme en remontant le grand vallon de Valnontey avec la Testa delle Tribolazione en toile de fond culminant à 3 642 m. L’objectif du jour est de rejoindre le bivouac Martinotti situé à 2 588 m, mais l’arrivée du mauvais temps nous oblige à faire demi-tour. Après une pause saucisson à 2 333 m d’altitude, nous entamons la descente pour rejoindre le fond du vallon.

Notre aventure s’achève. Ensemble nous avons sué dans les montées, le soleil nous a réchauffés, nous avons partagé des moments vrais et intenses. Nous jetons un dernier regard sur les portes du Grand Paradis. Pour éviter l’émotion, nous lançons des projets pour le printemps prochain. Le raid à ski est une expérience unique. Gilles, en bon guide chamoniard nous a portés vers cet art du déplacement en haute montagne. La saison hivernale est terminée pour moi : “Arvi” chères montagnes!

 

 

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