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En road trip dans les Alpes franco-italiennes

"Les limites de la France sont marquées par la nature"

Membre du Fresh Air Club, Arnaud Teicher nous avait déjà régalé avec sa série photo d’un hiver dans l’Ouest Canadien, sur les traces de Jack London et des récits d’aventure de son père dans les régions reculées du Yukon. Il revient aujourd’hui pour nous raconter son road trip sur les Alpes franco-italiennes, où il est parti se perdre en septembre dernier.

 


 

L
a frontière franco-italienne s’étend sur 515 km le long des alpes. Pourtant, il n’existe que 16 points de passages routiers entre les deux pays. Façonnés depuis des siècles par l’homme, ils permettent de déployer sous nos yeux l’immensité de la montagne. Souvent magiques, parfois tragiques, ils sont également symbole d’espoir, pour certains.

« Les limites de la France sont marquées par la nature » Danton

Partir à la découverte des barrières naturelles, suivre ces routes historiques, se laisser guider par le relief, c’est dans ce sens que nous sommes partis en ce jour de fin septembre.

Notre Defender se charge lentement. Comment organiser un espace de quelques mètres carrés pour y vivre sereinement pendant plusieurs jours ? On quitte notre chère Provence, et après seulement quelques kilomètres les Alpes apparaissent. Chaque minute supplémentaire nous rapproche de notre objectif, les sommets s’épaississent si vite, et après quelques heures les premiers lacets se dessinent. Les 10% de déclivité max du Col Agnel se font sentir, notre itinéraire était-il judicieux ?

On arrive finalement au sommet, à plus de 2700m d’altitude en fin de journée. Il fait 10 degrés, le col offre un spectacle saisissant. Le massif des Ecrins est visible à l’Ouest et il reste quelques amas de neige tombés précocement cette année. Les marmottes sont au rendez-vous, les premières couleurs automnales aussi, sublimées par cette lumière de fin de journée. De l’autre coté, l’Italie, le mont Viso et ses 3 841 mètres, l’un des plus hauts sommets des Alpes italiennes et le point culminant des Alpes cottiennes. L’idée de frontière naturelle prend ici tout son sens.

Après une nuit fraiche mais agréable, on arrive en Italie. Ici, tout est different, le café ne coute que quelques centimes, l’architecture désuète séduit, il règne une atmosphère particulière, comme un retour en arrière. On traverse les grandes plaines du Piémont avec l’impression de laisser derrière nous les reliefs. Direction l’Ouest et le col de mont Cenis. Site stratégique et militaire pendant de nombreuses années, on y trouve bon nombre de fortifications. Pas vraiment le temps d’observer le paysage. Arrivés au sommet, la brume nous encercle, le soleil disparait brutalement. On décide de suivre un chemin non goudronné pour établir le camp.

Le réveil est brutal lui aussi. Il ne fait que 9 degrés dans le van et à l’extérieur le thermomètre en affiche quatre de moins. Préparation du café et départ rapide pour redescendre dans la vallée. De retour en France, on passe par Bonneval-sur-Arc, petit paradis niché à plus de 1700m d’altitude. En s’engageant sur les premiers lacets de l’Iseran, l’appréhension nous gagne : le col culmine à 2764m d’altitude, ce qui en fait le plus haut de France et de toutes les Alpes. Il nous faut presque 1h pour parcourir les 13km d’ascension mais la vue est impressionnante, mélange de ravins, pâturages, vielles fermes, glaciers…

Au sommet le vent est tranchant, quel bonheur de prendre le temps d’observer la montagne, l’endroit est désert, le col fermera bientôt. Motivé par cette « ascension », nous décidons de reprendre la route pour retrouver l’Italie. Un coup d’oeil sur la carte et la décision est prise, direction le col du Petit Saint Bernard. L’arrivée est tardive. À l’horizon les aiguilles se détachent, le Mont Blanc n’est plus très loin. L’atmosphère est presque sacrée. Un auteur latin écrivait à ce sujet : « Dans les Alpes près du ciel, dans le lieu où, déplacées par la puissance de Graius, les rochers se baissent, et laissent qu’on puisse les franchir, il y a un lieu sacré, où se dressent les autels d’Hercule : l’hiver le recouvre d’une neige persistante ; et il lève sa tête blanche vers les astres. » (Pétrone, Satyricon, 122). De retour en Italie, une belle forêt de conifères nous offre le lieu idéal pour passer la nuit.

Ce lundi, on abandonne la route, le besoin de marcher se fait sentir. On découvre le Val Veny, vallée latérale du massif du Mont Blanc. La forêt est multicolore, entre les sapins vert intense et les mélèzes orange acide. « Et au milieu coule une rivière », le tableau semble irréel. On suit un cours d’eau couleur glacier. Le chemin longe une voie italienne d’accès au Mont Blanc, la forêt disparait et on tombe sur la cabane du Combal. Son bois couleur or et son architecture « A-framed » lui donnent un air d’Alaska…

Le sentier serpente encore et encore, avant de dévoiler un paysage violent, magnifique, terrifiant : le glacier du Miage, mesurant plus de 10km, et sa partie inférieure entièrement recouverte de débris rocheux lui donnant sa couleur noire. Ma vision est soudainement attirée par une forme acérée surplombant le glacier. C’est l’Aiguille Noire de Peuterey, sommet de 3773m d’altitude. De retour dans la vallée, nous profitons des barbecues mis à disposition dans la forêt. Ce sera poulet grillé aux aiguilles de Mélèzes, seigneur de la montagne.

Le lendemain, on reprend de l’altitude. En quelques minutes, la cabine Monte Bianco nous dépose à 3462m. La vue à 360 degrés sur les Alpes est déstabilisante. À l’Ouest le Mont Blanc, au Nord les aiguilles de Chamonix, à l’Est les Grandes Jorasses, au Sud le Grand Paradis… Les émotions nous envahissent mais bizarrement, on se demande si on mérite un tel spectacle, dont la beauté est atténuée par sa facilité d’accès. On reprend la route pour le Sud et le Parc National du Grand Paradis. En cette saison, il n’y a plus grand monde dans la région et il est très facile de trouver un terrain pour nous installer. On passe les trois jours suivants à profiter des nombreux chemins de randonnée.

La journée est froide et nuageuse, je décide de laisser le matos au camp. Je pars randonner seul et m’amuse à jouer à cache-cache avec plusieurs chamois. Je ne croise personne durant un long moment, mais lorsque j’atteins le refuge Vittorio Sella, caché derrière un bloc de roche, une forme imposante apparait : enfin, un vieux bouquetin profitant de quelques rares rayons de soleil se décide à apparaitre. Cette rencontre suffit à mon plaisir et clôt cette aventure qui nous aura conduit sur plus de 1 500 km le long des Alpes et des frontières, parfois en France, parfois en Italie, mais toujours à la recherche d’émerveillement, d’émotions et d’humilité face à ce territoire.

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