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Mos Def s’envole et plane sur le Nouveau Casino – Reportage

Yasiin Bey – a.k.a Mos Def – qui fait l’actu avec son expérience du gavage subi par les prisonniers de Guantanamo était la semaine dernière en concert à Paris. Retour sur cette soirée, dans les moindres détails !

mos def concert

Sur les bandeaux annonçant les concerts d’un Mos Def en résidence pour trois dates dans l’intimité du Nouveau Casino c’est bien son nom de converti qui occupe l’espace, laissant la portion congrue au nom de scène sous lequel il signa pourtant ses plus grands faits d’armes. Le bonhomme soufflera 40 bougies en décembre prochain et s’est converti à l’âge de 19 ans, on évitera donc de prendre ce changement de blaze artistique pour du prosélytisme de croyant ayant tout juste découvert sa foi, la barbiche encore fraîche.

A la différence d’un Snoop Lion ayant tardivement rencontré les vertus d’un rastafarisme de pacotille et parti s’égarer à Kingston entre productions scabreuses, spliffs (trop) gros et jupes (très) courtes, Yasiin Bey sait ce qu’il fait, quitte à laisser perplexe voire déçus des fans de la première heure mal informés quant à la teneur des heures à passer en sa compagnie au Nouveau Cas’. Car, soyons clairs, ceux qui pensaient prendre des places dans l’espoir de sauter comme des dingues sur un Ms. Fat Booty des familles, ou n’importe quelle tuerie sortie de ses albums, seront sortis au minimum surpris par l’expérience musicale proposée par Yasiin Bey sur ces trois dates.

De concert au sens classique du terme il n’y eut point, a fortiori lorsqu’on a en tête le format usuel utilisé par tant de rappeurs américains en tournée loin de leurs bases – Home Sweet Brooklyn en l’occurrence. Combien de concerts à voir nos MCs préférés, serviette sur l’épaule, bouteille d’eau dans la main gauche, mic dans la droite et leur propre gamme de fringue sur les épaules réciter des textes mythiques sur un beat aux basses mal réglées. Combien de places payées cinquante balles pour une petite heure de show et puis c’est tout ? Combien de rappels demandés, hurlés, implorés pour n’avoir pour seule réponse que les lumières qui s’allument et « Jump around » dégueulée par les enceintes d’ambiance ? Combien de possees venus sans la moitié de leurs membres pour une seule date ? La venue récente du Wu-tang pour leurs vingt ans au Zénith était survenue comme une piqûre de rappel : nombreux sont les rappeurs des 90’s qui n’ont désormais à proposer que la reprise élimée de leurs tubes d’antan, définitivement débarrassés de leur violence initiale par des salles trop grandes, un son pourrave, et beaucoup trop de meufs sur scène et en dehors. Yasiin Bey aura tout fait pour éviter ces écueils, et en cela son entreprise est respectable.

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Une salle d’abord : le Nouveau Casino. Intime, on l’a dit. Voilà une petite salle dans laquelle garder le contact avec son public est permis, voire inévitable. Impossible de se cacher derrière un service d’ordre pléthorique et de se percher sur une scène de plusieurs mètres de haut. Ici, on rappe près du bar, et quand le public danse trop fort il éclabousse les pompes du MC avec ses bières. Pour ceux qui étaient présents aux dernières grandes messes hip-hop des cathédrales de la Villette ou de Bercy, en forme de hangar à bestiaux, le passage à l’échelle humaine est pour le moins rafraîchissant, sinon salvateur.

C’était donc un retour sur Terre en ce qui nous concernait, mais à coup sûr une envolée astrale pour notre hôte. Yasiin Bey proposait trois dates thématiques autour du Soleil, de la Lune et des étoiles. Trois thèmes pour trois créations différentes, trois colorations, trois décollages en bonne et due forme. Nous étions venus le voir le soir de la Lune, et on retiendra qu’à défaut de proposer une œuvre musicale toujours exigeante dans son architecture, Yasiin aura respecté jusqu’au bout la thématique qu’il s’était imposée.

Il est arrivé seul, traversant le public depuis le fond de la salle, vêtu d’une djellaba d’un blanc immaculé et la tête recouverte d’une capuche, un bouquet de roses blanches à la main, qu’il prit le temps d’offrir une à une aux heureux élus des premiers rangs. Une arrivée en apesanteur, à mi-chemin entre un boxeur et un Muezzin. Une fois hissé sur la petite scène du NC, son DJ en place derrière un autre buisson de fleurs rouges, son Mac posé sur un coin de table, il s’est donc mis en route, avec des nouvelles compositions, quelques refrains plus familier, mais surtout avec l’intention de se laisser aller sur les plages musicales que lui proposait son acolyte, où qu’il choisissait lui-même depuis son ordinateur.

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On comprit très vite que l’idée était de s’abandonner au fil des sons, et de laisser Yasiin puiser ses samples dans les recoins les plus divers de la musique de notre siècle et du précèdent. Si l’éclectisme pouvait en déstabiliser plus d’un, il ne pouvait pas surprendre complètement de la part d’un des MC les plus curieux de sa génération. Mos Def avait toujours pris le parti de faire du hip-hop une matrice musicale capable d’intégrer n’importe quel style, n’importe quelle influence. Yasiin Bey n’aura donc fait que perpétuer ce parti-pris et seuls ceux qui ne l’ont pas écouté attentivement jusqu’ici auront été étonnés de le voir passer du Grime au Punk, dans un grand écart savoureux.

Surtout, si la Lune est l’astre des variations, alors on comprendra mieux l’instabilité permanente qui régna tout au long de cette soirée, cette fragilité du moment que Yasiin entretint si bien. On l’écoutait réciter ses couplets pendant une dizaine de minutes avant de le regarder danser avec nous pendant le quart d’heure suivant, laissant un morceau, puis deux, défiler, comme on ferait avec des amis dans notre salon un soir de week-end, en reprenant un verre. Cette danse se fixait ensuite sur des rythmes House qui auraient fait hurler des puristes malvenus. Yasiin décidait ensuite de se lancer sans sommation dans une reprise intégrale de Billie Jean – suspension magique – avant de replonger dans le Jazz, de la Nouvelle Orléans jusqu’à Addis-Abeba, pour disparaître après presque trois heures d’intermittences, sans qu’on s’en aperçoive.

Oui, c’était foutraque. D’aucuns diront que c’était du n’importe quoi. De notre côté, on retiendra d’abord la surprise et surtout cette fragilité assumée, une prise de risque innocente, trop souvent absente d’un style musical qui se confit dans des productions bouffies et l’exposition permanente d’une confiance en soi et son art parfois peu à propos, souvent ridicule.

YASIIN BEY aka MOS DEF – Size (produced by Oh No) – LIVE HQ @ Nouveau Casino (Paris) – July 2nd 2013 from Colors Music Estival on Vimeo.

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