Interview / Jazzy Bazz

En début de semaine, Jazzy Bazz sortait son premier projet solo « Sur la Route du 3.14 » disponible en téléchargement gratuit sur le site GrandevilleStudio.fr. L’occasion pour nous de poser quelques questions au MC du 19e, pour en savoir plus sur son EP et sur le « rap jeu » en général. Pour toutes celles qui s’attendaient à voir son grand sourire, promis la prochaine fois on prend la caméra.

Bonjour Ivan. Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter rapidement ?
Jazzy Bazz est mon nom de scène en tant que rappeur, je fais partie du groupe Cool Connexion et des collectifs Grande Ville et L’Entourage. 

Ton EP n’est sorti que depuis 3 jours et le site affiche déjà plus de 20 000 téléchargements. Pourquoi choisir de distribuer tout cela gratuitement ?
Pour de multiples raisons. La première est qu’il a été fait dans un état d’esprit de divertissement, j’ai vraiment fait ça par plaisir. La seconde est une question de simplicité : je n’ai ni label, ni structure, donc c’est bien plus pratique pour moi de balancer un lien. De toute façon, je ne pense pas que j’aurais le droit de le commercialiser puisque la majorité des sons sont posés sur des faces B.

Comment le rap gratuit permet-il de manger ?
Je mise sur le long terme : les concerts, les prochains projets et peut-être un jour un vrai album. En vérité je n’en sais rien, on est dans une nouvelle consommation de la musique et il faut trouver de nouveaux moyens de rentabilité. Pourquoi pas continuer à balancer des projets gratuitement en proposant au public un système de don. Après, je veux quand même presser des CD et vynils, rendre tout cela matériel, mais plus en mode collector. Dans tous les cas, je réfléchis actuellement à des stratégies d’autoproduction futuristes.

As-tu prévu de défendre ton album en live ?
Complètement. Je vais prendre les scènes qui se présentent mais je me concentre surtout sur la préparation de la suite.  J’ai envie de faire des gros shows à l’américaine mais il me faut plus de matière. Quand j’aurai sorti plusieurs projets je partirai dans une vraie tournée.

D’ailleurs, pourquoi « Sur la route du 3.14 » ? La fascination de l’infini ? Peut-on trouver des similitudes entre ton album et le film Pi de Darren Aronofsky. Le délire psychotique peut-être ?
Le terme 3.14 fait en effet référence au signe π, l’algorithme de ma ville P-Town. Ce qui est intéressant dans le film π c’est qu’il dit que tout est une suite de chiffres et d’algorithme. Dans mon crew Grande Ville on voit un peu la ville de la même façon. C’est un peu le même délire. Tous les évènements climatiques ou urbains peuvent être étudiés par un calcul. Ce nombre correspond parfaitement à notre façon d’envisager notre environnement, infini.

Tu as un rap posé, sur un tempo lent. Dans une interview qu’il donnait à abcdrduson, Sidi Sid de l’entité Butter Bullets disait à propos d’1995 « Sérieusement, c’est la pire vitesse du monde 90bpm ! On a mis énormément de temps à se séparer de ce son et voir que des gens retombent dedans… ». Comment expliques-tu le fait que ce genre de rap plaise à nouveau ?
90bpm le pire tempo du monde ? Je ne connais pas le contexte donc là je la prends un peu comme un jugement pourri sans aucune valeur mais pour essayer de te répondre disons que c’est le tempo du hip-hop « classique ». Après c’est les goûts et les couleurs… dire « ON a mis beaucoup de temps à se séparer de ce son » ça fait un peu parole de mec qui croit faire avancer le mouvement à lui tout seul alors que personnellement je le connais même pas. Ça n’apporte pas grand-chose. Pour revenir à la question, j’aime poser sur ce genre de tempo voire même sur plus lent. En ce moment je fais beaucoup de sons sur du 77 voire 65bpm… Il n’y a pas de limite. On pose aussi acapella donc j’espère que ça dérange personne.

Tout au long de ton EP, tu apparais comme torturé, notamment dans « Ce Putain de Jazz », avec un jugement fataliste sur toi-même. Peux-tu nous en dire plus ? Comment as-tu envisagé l’écriture de ce projet ?
Les morceaux se sont fait petit à petit, ça dépendait de l’humeur. « Ce Putain de Jazz » s’est fait en 2 jours. Mon pote Jimmy Whoo s’était amusé à sampler Georges Michael et j’ai trouvé le beat lourd alors j’ai écrit. Je voulais faire un morceau « anthem » où je répète mon nom mais avec des couplets anti-égotrip où je dis que je suis une grosse merde, car c’est ce que je suis! On s’amuse souvent à dire qu’on est de la mauvaise herbe, ça résume assez bien le délire du moment. Pour ce morceau tout est sorti d’un coup, j’étais bien défoncé, c’était assez magique. 

Après de multiples écoutes, il semble que « Seul » reste un morceau à part, personnellement un de mes préférés. Jazzy Bazz a-t’il une peine de cœur ?
En vrai c’est plus compliqué qu’une peine de coeur mais je ressentais un sentiment très bizarre ce soir là et ça m’a fait du bien d’écrire. J’avais besoin de vider mon sac et c’est cool si ça donne un bon morceau. Faire d’une angoisse quelque chose de constructif est un très bon moyen de se libérer… Tu te sens mieux après!

Peux-tu nous en dire un peu plus sur les prods ? Les choix des samples ? Les beatmakers ?
Comme je le disais la plupart sont des faces B. C’est des beats que je kiffe sur lesquels j’avais envie de poser. « Ce putain de Jazz » et l’outro, c’est mon pote Jimmy Whoo avec qui je me mets un max de cadrans au GrandeVille Studio. « Dans ma tête » c’est le génial Loubensky, un autre pote de GrandeVille qui fait partie du groupe The Hop.  Il y a même notre jeune stagiaire Kasmin du GVS sur « Un truc qui cloche ». Il est très discret et humble mais extrêmement talentueux et ça on apprécie!

Comment choisis-tu les MC avec qui tu veux collaborer ? 
Ce sont tous des potes, je ne suis pas trop fan des combinaisons forcées. Ça arrivera peut-être un jour si je contacte un mec dont j’apprécie le travail mais j’aime vraiment quand tout se fait naturellement. Les gars sur le projet sont des amis de longue date et en même temps des rappeurs qui m’impressionnent donc c’est parfait.

Si tu ne devais garder que 3 albums de rap français ? Et 3 albums de rap US ?
Dans les français je garderais « Jusqu’à l’amour » des Sages Poètes de la Rue, « Mauvais Œil » de Lunatic et « Détournement de son » de Fabe. En rap US,  « Lifestylez ov da Poor & Dangerous » de Big L, « Capital punishment » de Big Pun et « The 18th Letter » de Rakim. J’hésite quand même beaucoup à placer « Fantastic Vol2 » de Slum Village, mais à la place de quoi ? C’est dur.

Dans l’interview Ptit Délire avec Eff Gee, tu nous parles de Dizmé, le président de l’Entourage. On peut également l’apercevoir lors d’une de vos interviews. Qui est ce mystérieux inconnu et quel est son rôle dans l’Entourage ?
S’il faut lui donner un rôle, à la base, Dizmé s’occupe de faire les T-shirts. Mais sinon c’est juste notre pote et la philosophie de L’Entourage c’est de monter tous ensemble…

En France, le rap jeu est-il si cruel qu’on le dit ? Pourquoi les Haters prennent-ils tant d’importance ?
Les Haters c’est un phénomène que je n’analyse pas spécialement. J’apprécie la critique constructive, celle de mes potes ou d’inconnus respectueux qui émettent une vraie analyse. Ca fait avancer et c’est très important. Moi même je me critique constamment afin de progresser. Tout ce qui est sans argument, sans respect, je l’affilie à de la jalousie, si t’aimes pas t’écoutes pas et puis c’est tout !

Quand j’étais au lycée, les skateurs et les rappeurs se tapaient à la sortie. Comment se fait-il que maintenant on puisse voir du skate dans les clips de rap et les rappeurs porter des Vans ?
Ce n’est pas des trucs auxquels je réfléchis non plus. Il n’y a pas de style vestimentaire pour écouter du rap, si tu regardes le style de L’Etrange t’es pas prêt, et pourtant c’est pour moi un des meilleurs MC de France.

Dans sa chanson « L’Amour » sur l’album Noir Désir Youssoupha dit « Bien sûr que le meilleur rappeur de France a un cheveu sur la langue ». Est-ce que tu penses qu’il parle de toi ? 
Je place un gros big up à Youssoupha qui représente les MC chevelus de la langue. Comme quoi on peut rapper avec un problème orthophonique, on est en quelques sortes des champions handisport du rap!

Des projets en cours ? L’album l’Entourage ? Esso et la Cool Connexion ? Le collectif Grande Ville ?
Les projets en ce moment c’est la suite de mon aventure solo avec surement encore un projet court puis un album. Peut-être encore un Rap Contenders, pourquoi pas. L’album de L’Entourage est enregistré et sortira à la rentrée. Pour la Cool Connexion j’attends Esso, ce sera avec grand plaisir en tout cas si il se motive, et GrandeVille c’est tous les jours au studio. Ma musique est Grande Villienne je la crée avec l’aide de tous mes potes du crew.

Un dernier mot ?
Mon dernier mot sera un message de paix adressé à la terre entière, vive le hip-hop !

Merci beaucoup à Jazzy Bazz d’avoir répondu à nos questions. Je vous laisse avec un morceau enregistré au GrandeVille Studio pour le projet Pacific Shore. Tuerie.

Crédit Photo : Jazzy Bazz sur Facebook

  • MARIN 19 July 2012

    Super interview, le contenu est hyper riche ! Je suis contente j'ai eu plein de réponses !

  • Gonvalski 19 July 2012

    Très bon ça. Continue de nous surprendre et de produire des sons avec autant de fraicheur. Le caca se déroule.

  • Gonvalski 19 July 2012

    Pour lui c'est facile d'le faire, il baise comme une machine de guerre !

  • MrSeguin 19 July 2012

    Good ITW, Jazzy au RC5 ca serait fantastique frère, balancer des bonnes punchlines tant que c'est possible de l'faire !

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