Le petit guide pour débuter l’escalade sur glace

Où grimper, quand grimper, quel matériel emporter, quelle position adopter... On vous donne quelques conseils de base pour partir à la découverte d'une nouvelle activité !

Partir à l’aventure le temps d’une journée ou d’un week-end, c’est possible ! Surtout en France, où l’on est plutôt gâtés question destinations et activités outdoor. Voilà pourquoi on a lancé Les Others Camps, des micro-aventures pour se reconnecter à la nature tous ensemble.

Après un week-end en raquettes dans le Vercors ou encore une descente de la Loire à canoë, on est partis découvrir la cascade de glace dans les Pyrénées, et plus précisément dans le cirque de Gavarnie. Vous avez été nombreux à nous poser des questions sur cette activité méconnue qui peut paraitre difficile d’accès, alors voici un petit guide pour vous initier à cette pratique.

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La cascade de glace : qu’est-ce que c’est ?

La cascade de glace, aussi appelée escalade glaciaire ou escalade sur glace, consiste à grimper à l’aide de crampons à pointes avant et de piolets bien affutés le long de cascades et cours d’eau gelés en hiver.

La cascade de glace est une discipline relativement récente, apparue en France dans les années 1970 sous l’impulsion d’alpinistes chevronnés qui, soit pour faire évoluer leur technique, soit par passion d’un geste qu’ils souhaitaient retrouver entre deux ascensions, se sont attaqués aux cascades glacées dans la vallée. Au contraire, les glaciairistes des années 1990 et 2000 étaient plus souvent des grimpeurs de roche qui ont vu dans cette pratique un premier pas vers l’alpinisme.

Aujourd’hui, la cascade de glace connait un certain engouement, et avec l’arrivée de l’escalade au Jeux Olympiques d’été de 2020, il ne serait pas étonnant de voir débarquer la cascade de glace sur les podiums dans les prochaines années. Il est donc temps de se préparer !

Qui peut grimper ?

Tout le monde ! La cascade de glace n’est pas réservée aux grimpeurs sur roche. Certes, les deux disciplines dérivent l’une de l’autre : la gestuelle du glaciairiste n’est pas bien différente de celle du rochassier, tout comme les muscles à mobiliser et la sensation de hauteur. S’il est donc souhaitable d’avoir déjà pratiqué l’escalade pour profiter pleinement de cette nouvelle activité, il est tout à fait possible de débuter sans aucune expérience en grimpe ou tout autre sport de montagne. Il suffit d’être motivé !

D’ailleurs, on notera qu’une troisième pratique fusionne les deux premières : le Dry-Tooling, qui se pratique sur paroi rocheuse, piolets en mains et crampons aux pieds.

La cascade de glace nécessite tout de même une relativement bonne condition physique. L’approche demande fréquemment une bonne heure de marche minimum, dans des endroits souvent non tracés et en neige profonde. Mieux vaut aussi attendre un âge minimum de 14 ans pour être en mesure de porter des crampons, manier les piolets, bien résister au froid et prendre un maximum de plaisir.

Quand grimper ?

Sans surprise, la meilleure période pour grimper en cascade de glace est l’hiver. Mais la saison peut être plus ou moins longue selon les régions et les années. Les pros de la discipline s’accordent sur le fait que les périodes raccourcissent d’année en année en France, pour se resserrer autour de janvier et février, ce qui n’est pas très rassurant… De notre côté, nous sommes allés à Gavarnie début mars et avons profité des toutes dernières journées favorables de l’année.

En cascade de glace, le rapport à la matière, à la fois solide et fragile, est très particulier. On fait corps avec la paroi, on entend l’eau s’écouler, on aperçoit ces petits écoulements serpenter sous la surface gelée… La glace est un élément hypnotique en constante évolution. Du coup, une cascade praticable un jour peut ne plus l’être le lendemain !

Tout est une question de conditions climatiques, d’intempéries et de température. En toute logique, plus il fait froid plus la glace est dure et cassante alors que des températures plus clémentes la rendent humide et souple (la glace est alors appelée « sorbet »). Des variations soudaines de températures peuvent représenter un vrai danger en générant des fissures voire une rupture brutale de la cascade.

Vous l’aurez compris : comme dans beaucoup de sport outdoor où la nature est reine, le choix de la date est crucial mais relativement aléatoire. La seule et unique façon de se faire une idée sur les conditions est de se rendre sur place ou de s’entretenir avec les glaciairistes locaux.

La plateforme collaborative conditions.ice-fall reporte quelques données, bien que peu fréquemment mise à jour.

Où grimper ?

La France compte de nombreux spots aux styles et difficultés variées.

De notre côté, nous sommes choisi Gavarnie, dans les Hautes-Pyrénées, un lieux à la réputation internationale, magistral d’un point de vue esthétique et de part ses dimensions : 1 300 mètres de haut ! On y a d’ailleurs rencontré une équipe de grimpeurs qui attaquaient la paroi en entier, avec une nuit à même la glace.

Pour atteindre Gavarnie, il faut compter une heure de route depuis Lourdes, et un peu moins de trois heures depuis Toulouse. Non loin de là se situent aussi les spot de Troumouse, ou encore Bielsa sur le versant espagnol.

Les Alpes, et particulièrement le Pays des Ecrins, offrent quant à elles un des terrains de jeu les plus vaste d’Europe avec pas moins de 350 cascades glacées répertoriées, de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres de haut. On peut citer :

  • La vallées du Fournel  (Hautes-Alpes)
  • La vallée de Freissinières (Hautes-Alpes)
  • La vallée de la Haute Romanche, La Grave (Hautes-Alpes)
  • La vallée du Queyras, Ceillac, Aiguilles (Hautes-Alpes)
  • Le glacier d’Argentière (Haute-Savoie)

Le Massif central propose aussi quelques spots accessibles du côté du Puy de Sancy (Puy-de-Dôme) ou encore du Lioran (Cantal).

Et si l’envie vous prend de partir plus loin, voici quelques spots emblématiques :

  • Val de Cogne (Italie)
  • Kandersteg (Suisse)
  • Rjukan (Norvège)
  • Svinafellsjokull, Vatnajökull (Islande)
  • Viedma (Patagonie)
  • Ouray, Colorado (USA)
  • Banff, Alberta (Canada)
  • Helmcken Falls, en Colombie-Britannique (Canada), réputée comme la plus difficile au monde !
Le Cirque de Gavarnie © Pierre Meyer

Quelle cotation ?

Comme en escalade sur roche, la cascade de glace répond à système de cotation spécifique qui comporte deux données :

  • La difficulté technique. Elle varie de 1 à 7 selon la raideur, la hauteur de la section la plus raide, la configuration de la glace ou encore sa qualité et son épaisseur. La majorité des cascades se situe entre 3 et 5. À noter qu’on on peut ajouter +/- à ces valeurs pour les affiner.
  • L’engagement. Noté de I à VII, il est lié à la longueur des voies, la difficulté d’approche et de descente, l’exposition aux risques (avalanches, chutes de glace) et l’équipement des relais.

La cotation est une indication importante dans le choix de votre secteur, mais les difficultés sont bien entendu liées aux conditions du moment. La cotation a aussi tendance à changer selon les topos et n’est donc pas suffisante pour connaître la difficulté réelle d’une ligne. Rien ne vaut une bonne analyse du terrain une fois sur place !

Indispensable : suivez le guide

Vous l’aurez compris : la progression en cascade de glace demande quelques connaissances. Il est donc indispensable de partir avec un guide ou un glaciairiste entraîné, que ce soit pour débuter mais aussi pour se perfectionner, même pour un grimpeur sur roche aguerri. La pose des pieds et le maniement des piolets mais aussi la lecture de la voie glacée sont tout un art que seul un guide pourra vous inculquer, tout en assurant votre sécurité.

La plupart des compagnies de guides proposent des sortie d’initiation sur quelques heures ou une journée. Le mieux étant de rester plusieurs jours pour se voir progresser et prendre un maximum de plaisir. Du côté de Gavarnie, nous étions accompagnés par Pierre Meyer de Acumpanyat, qui connaît la région comme sa poche, et le guide de haute montagne Greg Autier qui nous a livré tous ses secrets.

Sans compter qu’un guide pourra généralement vous fournir tout le matériel nécessaire…

Quel matériel ?

…car la cascade de glace demande un minimum d’équipement, dont voici une liste de base :

  • un casque (avec visière si possible)
  • deux piolets-traction
  • des chaussures d’alpinisme hiver cramponnables (n’hésitez pas à prendre 0.5 à 1 pointure de plus)
  • une paire de crampons à pointes avant
  • un baudrier
  • plusieurs paires de gants (ils seront rapidement mouillés) chauds mais assez fins pour garder un geste précis
  • des lunettes de soleil anti-réverbération
  • des vêtements chauds et imperméables mais souples (type Gore-Tex)
  • des vêtements de rechange si la marche d’approche est importante
  • une gourde isotherme ou un thermos (voire un petit réchaud pour le café !)
  • des sac plastique ou bâche imperméable pour protéger vos affaires de l’eau
  • un pack DVA-Pelle-Sonde selon les conditions

Le matériel technique type baudrier, piolets et cordes est généralement fourni par votre guide.

De notre côté, on a eu la chance d’être équipés par Simond, qui nous ont prêté chaussures d’alpi (très confortables !), crampons et baudriers. Un grand merci à eux !

Comment grimper ?

Alors bien sûr, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et un tuto ne remplacera jamais la pratique ! Mais voici quelques conseils de base pour vous donner confiance au pied de la paroi.

L’objectif est simple : progresser vers le haut, avec la recherche permanente du moindre effort et du moindre risque. La gêne liés au poids du matériel et aux vêtements d’alpinisme, auxquels vient s’ajouter une petite dose d’adrénaline liée à ce type de pratique, rend la cascade de glace relativement physique.

Apprendre à gérer votre effort est donc un élément clé, qui passe en grande partie par la position :

  • Comme tout grimpeur, le glaciairiste va chercher à transférer un maximum de poids sur les pieds. Idéalement, on vise la position dite « en 10h10 » ou « en 11h05 », c’est-à-dire avec les pieds légèrement ouverts, pour obtenir le meilleur équilibre possible.
  • Positionner vos pieds de telle sorte que vos crampons soient à l’horizontale. Puisqu’on vise le haut, on aura naturellement tendance à se mettre en extension sur la pointe des pieds et à lever les talons. La méthode parfaite pour faire riper ses crampons ! Sans comptez qu’après quelques ascensions, vos mollets vous le feront payer. Alors n’oubliez pas : les talons vers le bas !
  • Les jambes doivent rester légèrement fléchies, en évitant que les genoux ne touchent la glace. On veille à ne pas se retrouver avec le corps complètement tendu, mais à conserver un maximum d’amplitude dans les gestes tout en restant relativement relâché.
  • Comme en escalade, les hanches restent près de la paroi, tout en gardant la partie supérieure du corps suffisamment mobile vers l’arrière, pour pouvoir observer la paroi et anticiper les prochains mouvements.

Vous êtes bons sur la position ? C’est le moment de grimper :

  • Il n’est généralement pas utile de frapper fort avec les crampons, un petit griffage suffit. Soyez doux avec la glace ! Évidemment, plus vos crampons seront affutés plus ce sera facile.
  • Les mains servent à s’équilibrer, pas à se tracter ! L’escalade est un art de la technique. Nul besoin d’avoir de la force ou d’enchaîner les tractions ! Sur roche comme sur glace, ayez confiance en vos pieds. Vous éviterez notamment de vous essouffler. Des ateliers « sans piolet » peuvent vous y aider.
  • L’escalade sur glace a ceci de pratique que le grimpeur peut créer sa propre prise plus ou moins où il le souhaite (sauf en plein milieu d’un rocher…) tant qu’elle est assurée. Il suffit de bien savoir planter son piolet. Le secret ? On prend de l’élan en arrière, on va chercher bien haut et on finit le mouvement avec un petit coup sec du poignet.
  • Concernant l’enchaînement, il y a deux écoles :

Les ancrages alternatifs de haut en bas : bras droit, bras gauche, jambe droite, on monte, jambe gauche, on stabilise. L’objectif est d’avoir toujours 3 ancrages en place. C’est la méthode la plus sûre, mais aussi la plus lente.

Les ancrages alternatifs croisés : bras droit, jambe gauche, on monte, jambe droite, bras gauche, on stabilise. Cette méthode est plus rapide, mais ne repose que sur 2 ancrages.

Et on recommence !

La gestion du risque

La cascade de glace est une activité de montagne. Elle comporte donc les mêmes risques que l’alpinisme ou le ski. Outre les chutes qui peuvent être assez violentes, il y a aussi les chutes de glace ou « spindrift » (un glaçon de la taille d’une balle de ping-pong lancé à 100 mètres de haut peut faire beaucoup de dégâts !) et les coulées de neige (les couloirs où se forment les cascades sont souvent des couloirs d’avalanche). Donc même quand on ne grimpe pas, on garde son casque !

Alors oui, on n’a pas souvent l’occasion de faire de la cascade et les fenêtres offrant de bonnes conditions peuvent se faire rares sur la saison. On peut avoir posé des jours et fait des centaines de kilomètres pour y arriver… Mais si la sécurité n’est pas assurée à 100 %, il faut savoir renoncer. On le dit et on le redit, tous les facteurs doivent être réunis : de bonnes conditions, un bon matériel et une ligne adaptée à ses capacités !

Quelques liens utiles

Pour s’initier à la cascade de glace à Gavarnie :

© Pierre Meyer

Alors… Chauds pour faire fondre la glace ?

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