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Adventure #27 : Les chemises en flanelle de Chicago, USA

La photographe et auteur Elisa Routa tire un portrait aussi original qu'authentique de la troisième plus grande ville des États-Unis.

Quand un mec te dit « Je viens de Chicago », tu t’imagines de suite une version baraquée d’Eminem, le gun coincé entre le jean et la ceinture, des tatouages indescriptibles dans le cou et une obsession exacerbée pour les packs de bières à moins de 5$. Tu visualises un genre de bonhomme qui aurait grandi entre un père violent et une mère toxico, dont le passe­-temps favori serait de regarder « Keeping up with the Kardashian » et de braquer la supérette du coin de la rue pour s’acheter du vin bon marché.

« Il y a une vieille église un peu plus bas, ça vaut vraiment le détour. C’est la plus vieille église du quartier. » Quand on rencontre Joe, on est bien loin des gangsters de mauvaise famille, une larme à l’encre bleu incrustée sous l’oeil. On se retrouve nez à nez avec la bienveillance, qualité inconcevable après un séjour de courte durée à l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle, où il est plus courant de se faire piétiner et insulter que de prendre l’avion. La vieille église en question ressemble à un assemblage minutieux de plaques de polystyrène qu’on trouve généralement dans les cartons d’appareils électroménagers à l’état neuf. Elle est presque aussi vieille que mon arrière grand­-mère, soit excessivement jeune quand on sait que la moindre cathédrale Française date, au minimum, du 13ème siècle.

Chicago Elisa Routa1Bref, Joe a autant de ressemblances avec un gangster hispanique dans Les Experts que de connaissances en Histoire. Il n’a ni pantalon en bas des fesses, ni sur­-chemise oversize en flanelle sur le dos. Joe, c’est le
gérant du « Sunny Side Up », sur Superior Street, un café en bordure de rue où les tables jouent du coude sur le trottoir ombragé. Regarder les gens vivre à Chicago revient à mater une série américaine en 3D, avec le son en ultra définition sans le mec de derrière qui donne des coups de pied dans ton fauteuil en moquette rouge.

En posant le pied dans la capitale de l’Illinois, je n’avais aucune attente particulière, si ce n’est celle de manger la même pizza que dans les publicités à la pause des émissions culinaires. Epaisse et grasse, dont les filets de fromage fondu sont plus indigestes qu’un cheveu dans une soupe. Premier dîner sur Clark Street : j’opte pour des Mac & Cheese aux champignons. Leur côté rondouillard est irrésistible et la lourdeur du plat m’évitera sans doute de m’envoler au gré des rafales de vent de la ‘Windy City’. « Yeaaaaaaaaaaah! » Une voix dissipée, très forte et à la fois très aiguë se fait entendre au Mickey’s Bar, de l’autre côté de la rue. C’est la manière pour ce groupe de jeunes américaines d’appréhender un samedi soir. Sans élégance ni discrétion. Elles s’agrippent à leur carafe de bière comme on tient un enfant par la main, avec la crainte qu’on nous le vole. Leur carafe se vide à chaque vif sursaut et éclabousse leurs tee-­shirts, raccourcis pour l’occasion, à l’effigie des Chicago Bears… « Déchirée mais sexy » est sans doute un dicton universel propre à la gente féminine. Les yeux rivés sur les écrans géants qui retransmettent le match de football américain, les adolescentes surexcitées mettent l’ambiance dans un quartier de la ville qui n’est pas prêt de s’endormir.

Chicago Elisa Routa5Je me souviens de cette lumière déjà diffuse entre les rues de la grande ville à 6h du matin, comme un exquis signal d’alarme plus doux qu’une caresse sur la joue. Les jeux de lumière sur les vitres immenses des bâtiments en verre sont un spectacle aussi dansant qu’une mer houleuse. Il y a des ombres au sol qui vacillent entre les voitures et les bus comme un jeu d’enfants imprudents. Il y a aussi les mouettes au ­dessus de l’interminable lac Michigan qui te rappellent que tu es finalement chez toi partout. Il y a ces taxis pressés dont le klaxon résonne sous ces ponts de fer jaunes pâles, rendant l’ambiance soudainement plus excitante. Il y a Lincoln Park où les léopards et les chimpanzés du zoo côtoient les hommes d’affaires gominés en costard-­tennis. Il y a l’imperturbable Chicago River qui divise paisiblement en deux le centre ville, comme un cheveu sur un visage, docile, obéissant. Il y a Wicker Place, ce quartier populaire où le street art est plus présent que les offres douteuses de soins dentaires sur les parkings de supermarché. Il y a le Big Star sur Damen Avenue, ses tacos au poulet et ses pichets de Margarita qui salent le haut des lèvres et sucrent une addition. Il y a la librairie Myopic sur Milwaukee Avenue, à la devanture verte, où chaque bouquin d’occasion est un trésor à découvrir.

Alors aujourd’hui, quand un mec me dit « Je viens de Chicago », je l’imagine en version plus baraquée d’Eminem, le gun coincé entre le jean et la ceinture mais avec cette chance supplémentaire de vivre là où il est à la fois possible de manger des Mac & Cheese tous les jours de la semaine, de porter un deux-pièces noir avec des Nike Air sans jugement diffamateur et d’être avant ­tout soi-­même parmi les autres.

Elisa Routa
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