Adventure #18 : Immersion dans les favelas, Brésil

Quelques mois avant la Coupe du Monde 2014, Alexis Pazoumian s'est immergé dans les favelas en période de pacification.

Ce n’est qu’au bout de deux mois, après avoir appris quelques rudiments de portugais ainsi que les langages et les codes élémentaires de la favela, que mon reportage photo a pu commencer. Je décidai de le réaliser dans cinq favélas du Sud de Rio de Janeiro : Vidigal, Rocinha, Chapeu Mangueira, Cantagalo et la fameuse Cité de Dieu. Mon objectif était assez simple, et en apparence tout à fait banal : offrir un point de vue objectif sur la population des favélas, en la saisissant, le plus possible et par la photographie, dans son environnement quotidien. Toutefois, les photos révélèrent des situations prises sur-le-vif d’un contraste étonnant. Pour ce faire, il fallait habiter la favela, franchir les frontières géographiques et mentales, dépasser ses ruines apparentes et les préjugés qu’on s’était si longtemps formés sur elle.

A l’intérieur des habitations qui, de l’extérieur, paraissent toutes autant délabrées, j’ai d’abord retrouvé les différences entre classes sociales qui sont le lot des grandes villes. Ainsi, les favelas, bien qu’elles nous présentent un visage de misère, ne semblent pas non plus déroger à la règle de l’inégalité. Les classes demeurent, mais paraissent trouver ici une harmonie surprenante. Ici, pas d’envie, de jalousie ou de violences. A l’intérieur, on aménage simplement, en fonction de ses moyens, la meilleure place pour vivre. À l’extérieur, on est fier d’appartenir tous au même village, qu’on n’abandonnerait pour rien au monde. C’est que, contrairement aux mentalités occidentales des grandes villes, la pauvreté n’est pas une misère. Il m’a suffit de m’y rendre pour me défaire de cette idée prétentieuse et impropre, que les gens des favélas ne cherchaient qu’à « survivre » à leur pauvreté, qu’ils ne rêvaient que d’Amérique. En réalité, et contre toute attente, les gens y sont heureux.

La favela est un village, avec ses commerces, ses écoles et ses églises. C’est un village qui n’a rien à envier aux mégalopoles brésiliennes, impersonnelles et dangereuses. Il est beaucoup de préjugés que l’Occident porte sur la misère des bidonvilles. Mais si ces photos doivent avoir une fonction pédagogique, elle n’est certainement pas humanitaire. N’ayant pas vocation à l’incitation au misérabilisme ou à la culpabilité, ces photos nous indiquent un nouveau regard sur la pauvreté et la joie de vivre. D’autres, je l’espère, cherchent à montrer que la favéla, non contente d’être une cité heureuse, est également une cité aux couleurs et aux lumières éclatantes, à l’architecture surprenante, aux lignes baroques, à l’imagination débordante.

Alexis Pazoumian

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  • Julie 28 October 2014

    Superbes photos! Well done l'artiste !

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