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Christine Lafian, fondatrice de SUKU Home

Voyage au bout des rêves avec la designer de literie indonésienne. Interview extraite de Les Others Magazine Volume 1 : The Morning Issue.

L
a maison est une représentation de nous-même, notre habitat, notre sanctuaire, là où nous aspirons à prendre du recul et à nous relâcher. C’est la lentille à travers laquelle nous pouvons observer le monde. Ses fenêtres illuminent nos âmes tandis que nos secrets sont précieusement gardés derrière ses portes. Il n’y a pas de plaisir comparable à celui d’être invité chez quelqu’un, comme si votre hôte vous tendait les clefs qui déverrouillent son for intérieur.

J’ai passé la matinée chez Christine Lafian, designer de la marque SUKU, à interpréter avec elle les rêves, à partager des histoires de voyage et à m’habiller avec les pièces uniques, faites main, qui composent sa collection. SUKU Home est un studio de création d’objets de maison authentiques et aériens, de pièces de literie et de textile qui invitent différentes influences ethniques et culturelles au cœur du foyer moderne.

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Qu’est ce que SUKU symbolise pour toi ?

SUKU est comme mon enfant. Comme une toile vierge à repenser chaque jour. Quand je crée pour SUKU, je n’ai jamais le produit fini à l’esprit, je suis plutôt à la recherche de ce qui saura capter mon attention au moment où j’assemble la collection. Je pense à la manière dont je vais shooter chacun des produits et aux personnes avec qui j’ai envie de collaborer à l’instant présent. Le résultat ne concerne pas uniquement le produit, mais tout ce qui l’entoure.

Où puises-tu ton inspiration ?

Parce qu’ils me sont indispensables, mes amis et connaissances représentent ma plus grande source d’inspiration. Je peux échanger avec eux, cela me motive plus que de me tourner vers une quelconque figure légendaire. Les influences extérieures m’inspirent également énormément mais je puise surtout beaucoup dans ce que j’ai au fond de moi, dans ce que je considère comme réel. Si tu t’en tiens à ce que tu sais faire et à ce qui compte vraiment pour toi, les gens s’y identifieront. Je garde toujours ça à l’esprit quand j’assemble une nouvelle collection.

Quelle importance accordes-tu à l’Art dans tes créations ?

L’Art est un outil qui nous connecte à une autre dimension. Ça peut paraître étrange mais j’y crois profondément. C’est une autre strate de l’esprit. Être capable de transmettre ce sentiment d’euphorie, de créer ce picotement intérieur, c’est très important. Je pense qu’on peut le communiquer avec la musique, la photographie mais également avec un produit. Je veux que les gens qui acquièrent une pièce de chez SUKU s’y sentent connectés. Voilà pourquoi c’est important pour moi que chaque produit soit fait main, qu’il ait sa propre histoire.

L’univers de SUKU met l’accent sur le domaine des rêves. Quel est le rêve le plus frappant dont tu puisses te souvenir ?

Pour moi, les rêves représentent un autre monde qui héberge notre esprit créatif. Un autre monde qui pourrait exister. Je me suis passionnée très tôt pour ce sujet. Le rêve de mon enfance qui m’a le plus marquée me plonge à New York. Toute la ville est habillée de blanc. Les gens marchent tous dans le même sens pour rejoindre le métro sauf moi, qui suis à contre-courant. J’ai un peu peur quand j’y repense aujourd’hui mais ce n’était pas du tout le cas à l’époque. Maintenant que j’analyse mes rêves, cela me paraît très clair. L’Indonésie est un pays musulman aux normes particulièrement strictes et traditionnelles. J’y ai grandi au cœur d’une toute petite ville, très “contrôlée”, dont je me suis toujours sentie différente. Toute mon estime pour cette culture ne m’a pas empêché de passer une partie de ma vie à tenter de m’en libérer. Cela a énormément influencé mon style au niveau créatif.

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Tu as quitté l’Indonésie alors que tu étais encore jeune. Où as-tu vécu depuis ?

Effectivement, je suis partie seule, à l’âge de 15 ans. Comme je disais, je n’avais pas le sentiment d’y être particulièrement à ma place. Je suis allée étudier 3 ans en Nouvelle-Zélande avant de déménager à Melbourne. J’ai aussi vécu à Perth, à Hong-Kong, et passé une année en tant que guide touristique au Moyen-Orient. Ma mère tient une agence de voyage dans la région, je travaillais pour elle. J’avais 20 ans et je vivais entre l’Égypte, Israël et la Jordanie.

Quelles autres régions du monde ont influencé l’esthétique de SUKU ?

Mon voyage au Laos a été un événement important. Quand j’y suis allée il y a 5 ans, j’ai eu la sensation que c’était encore complètement préservé. Sur les marchés, tu trouvais des pièces de tissu et des œuvres d’art créées et fabriquées des mains seules des habitants. Les femmes descendaient de leur village pour vendre leurs créations sur les marchés. Je me souviens d’une jupe perlée suspendue à l’extérieur d’une maison dans le village que nous traversions. J’ai demandé si quelqu’un avait l’intention de la vendre et une femme s’est présentée à moi. Je lui ai acheté cette jupe et j’ai encore le souvenir d’une transaction fascinante, de celles que l’on n’expérimente plus que rarement. Aujourd’hui, plus personne n’a connaissance de la provenance des produits ou de l’identité de la personne qui les a confectionnés. Je voulais vraiment créer une marque qui n’oublie pas toute l’importance de cela. Toute l’énergie créative est là.

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Puisque tu en parles, d’où vient SUKU ? De quoi les produits sont-ils faits et qui les confectionne ?

J’ai la chance de connaître toutes les femmes qui travaillent avec moi. J’ai un studio à Bali et les personnes qui créent le design de la marque sont des amis ou des membres de ma famille. J’ai toujours eu la possibilité de délocaliser la production pour réduire les coûts et gagner en productivité, mais je n’ai jamais fait ce choix, justement pour continuer à travailler avec des gens que j’aime. On fait parfois de petites erreurs pendant la production, mais chacune d’entre elles rend SUKU plus unique.

Il y a une expression qui dit que “ce sont les limites qui définissent le style”.

Tout à fait. C’est à travers ce processus de création que passe chacune de nos collections. Nous avons aussi fait le choix de travailler avec du bambou car la notion de durabilité pour l’environnement est un critère très important pour nous.

Toi qui dessines des pièces uniques à destination de la maison, est-ce que tu peux me parler de ta relation avec les espaces intérieurs de manière générale ?

C’est un sujet très intéressant parce qu’ayant beaucoup voyagé, je n’ai jamais vraiment eu la sensation qu’un espace m’appartenait. À chaque fois que je déménageais, je laissais tout derrière moi. Je ne me suis jamais sentie connectée à un endroit en particulier jusqu’à ce que je découvre Melbourne. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai ici mon propre espace, que j’ai créé de toutes pièces dans la sueur et les larmes. Maintenant que je me sens chez moi, je veux décorer ma maison avec des choses qui me représentent.

Tu dis que tu aimes créer des choses qui te représentent. Mais alors qui es-tu ?

Apparemment, je suis quelqu’un de très “nuageux”. Parfois je le ressens vraiment (rires), moi qui suis dans une dynamique de mouvement perpétuel. Je crois que mon esprit fonctionne comme ça lui aussi. J’absorbe tout ce qui m’entoure. J’essaye de remplir chaque espace. Même si parfois, comme l’air, j’aime être invisible. Je ne veux surtout pas étouffer les gens. C’est ce que je ressens quand je crée pour SUKU. Je me dis : “Quand les gens vont se réveiller, vont-ils ou non se sentir oppressés par ce qui occupe leur espace ?” Je me demande aussi si, en regardant chacun de mes objets, ils vont y voir l’inspiration qu’ils cherchent ou se souvenir d’un instant de leur passé. Par dessus tout, je veux qu’ils s’y sentent connectés.

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Photos : Charlie Romeo Brophy

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