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Deux nuits en cabane de berger pour observer la faune sauvage des Pyrénées

À la recherche des chocards, chevreuils et aigles royaux cachés dans les sommets embrumés

Pas besoin d’aller très loin pour apprécier les joies de la randonnée en hiver et les feux réconfortants dans les refuges. Il y a quelques semaines, Matthieu Tober du Fresh Air Club nous relatait son aventure dans les forêts glacées de la Petite Sibérie, sur la frontière franco-suisse. Nicolas et Florian sont partis se perdre sur les sommets des Pyrénées pour y photographier la faune sauvage. Mais c’était sans compter sur les conditions météorologiques, qui les ont contraints à rester abrités dans une petite cabane de berger.

 

 


 

F
évrier 2018. Après quelques jours de repérages passés en haute vallée d’Aspe, on décide de retourner sur les mêmes lieux, deux semaines plus tard, avec mon ami Florian. Notre objectif est d’atteindre une cabane de berger. Ce sera notre toit pour les deux nuits à venir. L’endroit nous semble propice à la rencontre avec la faune locale. C’est parfait !

On emprunte une route forestière en début d’après midi par temps clair. L’ascension s’avère physique sous le poids écrasant de nos sacs : le mien avoisine les 27 kilos. Lors de notre marche, je remarque quelques bouleaux bordant le sentier, rares sur notre trajet. Je prélève un peu d’écorce sur l’un d’eux, en prévision du feu pour ce soir.

On marche plusieurs heures, sur un dénivelé positif de près de 700 m. La cabane apparaît enfin. Fatigués par l’effort, Florian choisit de récupérer en s’allongeant un peu. Je prends ma scie pliable pour nous constituer des réserves de bois. Alors que le soleil se cache peu à peu, un couple de gypaètes barbus plane au dessus d’un pic. Le ciel est pastel. La scène est magnifique. On ne peut malheureusement pas immortaliser cet instant, mais on en profite comme un cadeau de bienvenue. Peu après, je remarque un isard sur une crête. Mais il disparaît aussitôt.

Le bois humide ne nous facilite pas la tâche, mais on parvient à démarrer le feu, grâce à du lichen et aux écorces de bouleaux trouvées en chemin. Les plus gros morceaux prennent difficilement et l’on doit s’y prendre à plusieurs reprises pour créer quelques braises. J’utilise un gourdin et mon puukko (dont le manche est en bouleau, lui aussi…) pour fendre le bois. Ironique. On réussit enfin à avoir un feu acceptable pendant que les heures défilent. On mange nos plats lyophilisés tout en prenant soin de cette source de chaleur et de lumière. La cabane étant relativement sombre, on s’éclaire aussi grâce à nos frontales. En en collant une deuxième contre une bouteille remplie d’eau, elle agit comme un réflecteur mobile.

On improvise une session photo sous la pleine lune. La neige reflète incroyablement bien la lumière, je suis surpris de voir aussi distinctement dans la nuit. Quelques nuages habillent le ciel jusqu’à présent dégagé. Je tente de photographier les parois blanches des montagnes à proximité, mais la mise au point peu évidente et la fatigue ont raison de moi. Je retourne dans notre abri pendant que Florian, plus motivé, continue à saisir cette ambiance si particulière. J’enfile un tee-shirt, un collant, avant de me glisser dans mon sac de couchage et de m’endormir quasi immédiatement.

Le lendemain matin,  difficile de quitter la chaleur de nos sacs de couchage. Même à l’intérieur, la température ambiante est négative. J’ouvre la porte de la cabane : il fait encore sombre et le ciel nuageux projette des milliers de flocons soufflés par le vent. Ils ont dû tomber en nombre cette nuit : nos traces de pas de la veille ont déjà disparu dans le paysage immaculé. Je me vois mal faire un affût sous ces conditions et décide de me recoucher un peu.

Plus tard, on décide de préparer quelques bûchettes pour le prochain feu. La neige tombe toujours abondamment. Balayée par le vent, elle s’engouffre dans le conduit de cheminée et imbibe le bois d’humidité. On prépare un tapis de fougères sèches dans la hotte pour stopper la neige et on recouvre le petit bois placé au centre du foyer de deux larges morceaux d’écorce. Il est temps de sortir observer les montagnes alentours.

Le pic qui nous fait face, paré d’une fine pellicule blanche, apparaît encore plus majestueux que la veille. Sur ses hauteurs, un puissant souffle déloge parfois la poudre fraîche, qui tournoie lentement avant de se volatiliser dans le paysage blanc. La météo, capricieuse, entame alors un bien étrange ballet : un épais brouillard avale soudainement le paysage. Successivement, les montagnes s’effacent, surgissent derrière la brume, pour disparaître à nouveau . À travers mes jumelles, je discerne quelques courageux chocards évoluant dans la débâcle.

Après plusieurs heures à tenter de retranscrire cette alchimie des éléments à l’aide de nos appareils, on décide de s’aventurer un peu plus loin pour explorer la zone. Les nuages ne finissent pas de déverser une pluie de coton.

Le soir, on rejoint notre abri et il nous prend autant de temps et d’énergie que la veille pour faire du feu. On arrive à le maintenir en vie tant bien que mal malgré l’humidité. Après l’avoir grassement alimenté, on finit par se lotir dans nos sacs de couchage. Le sourire aux lèvres, je l’écoute respirer tandis que le bois craque. Mes paupières se ferment en contemplant les flammes danser.

Je me lève tôt le lendemain matin. Deux furtifs chevreuils détalent dans un bois situé un peu plus haut. Dans les cieux, les nuages glissent vite. Certains, épris d’une singulière chorégraphie dictée par les courants thermiques, viennent se lover amoureusement aux inébranlables sentinelles blanches. Le soleil les accompagne parfois en apposant délicatement de subtiles touches lumineuses sur la neige vierge. Je passe un long moment à contempler la beauté des paysages et à photographier ces ambiances que j’affectionne tant.

Florian me rejoint. Peu de temps après, il remarque la silhouette d’un oiseau au loin. Il semble être massif, mais la distance rend l’identification difficile. Quelques minutes plus tard, le volatile se rapproche : un aigle royal ! Le rapace, solitaire, fend l’air en longeant d’imposantes parois rocheuses parfois jonchées de stalactites. Sa sombre silhouette s’estompe dans la brume, tel un cadeau d’adieu cette fois. Le moment est furtif, mais intense. Et il est déjà temps pour nous de quitter son royaume blanc.

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