Trek et bivouac dans la région du Hardangerfjord, en Norvège

Un condensé de ce que la nature norvégienne a de plus beau à offrir...

Que ce soit dans les Lofoten, dans les fjords de Bergen à Trondheim ou au-delà du cercle polaire arctique, la Norvège est un territoire exceptionnel dont la beauté des paysages n’a d’égale que celle des aurores boréales. C’est là-bas que sont partis Marine et Simon, pour dix jours de trek dans la région du Hardangerfjord, à l’Ouest du pays.

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Pour notre premier trek à deux, on a choisi la Norvège, attirés par sa nature vierge, mais aussi par sa longue tradition de la randonnée. L’endroit parfait ! C’est la fin de la période estivale mais nous sommes parés aux basses températures prévues sur le plateau. Le sac est prêt, les rations préparées, la tente ficelées et les batteries des appareils bien chargées.

Nous partons de Odda, petite bourgade courue par les touristes, en raison de se proximité avec la très populaire randonnée de Trolltunga, que nous tâcherons d’éviter. L’avion et le ferry qui nous ont menés jusqu’ici nous ont déjà offert des panoramas exceptionnels, qui n’ont fait qu’attiser notre curiosité. On est impatients de se lancer à l’assaut des falaises norvégiennes.

Ce qu’il y a de bien avec l’excitation, c’est qu’elle nous procure l’énergie plus que nécessaire pour la rude épreuve qui attend nos jambes inexpérimentées : la montée jusqu’au plateau. Soit 1200 mètres de dénivelé positif et huit heures de marche. Mais les crampes en valent la chandelle. Le dépaysement est total. Face à nous, un condensé de ce que la nature norvégienne a de plus beau à offrir : des fjords, des glaciers, des cascades…

Le terme « lunaire » est parfaitement approprié pour décrire l’environnement qui nous attend sur le plateau. Des roches à perte de vue, des étendues d’eau figées et, par endroits, de vaillants monticules des glaces. Un tel paysage nous transporte littéralement dans un autre monde. On se laisse porter par notre imaginaire, mais il faut pourtant rester pragmatique car nous sommes, à partir de maintenant, entièrement voués à notre matériel, nos rations et notre prudence. Il n’y a a ni réseau, ni secours à des kilomètres. Guidés par une simple carte, qui sera indéniablement le meilleur investissement de ce voyage, nous continuons notre route, sur les traces rares et aléatoires des sentiers, entre les champs de myrtilles sauvages.

Quelques perdrix sortent de leur cachette, et nous visitons une petite « hytta », l’abri de montagne traditionnel, avant d’aller planter notre tente sur les rives d’un lac. La nuit est calme, on s’endort sereins avant d’être réveillés, au petit matin, par les cloches des moutons qui paissent non loin. Après un petit déjeuner à la fraîche, nous voilà repartis à l’assaut du plateau, mi-désert rocheux, mi-taïga ruisselante. Nous ne croisons personne, si ce n’est un chasseur de rennes et quelques Russes. Le reste du temps, nous sommes seuls au monde. Le silence nous engloutit. On se sent vivants. On ne pense qu’à cela. Et vivre fait un bien fou.

Jour après jour, nos pas se font un peu plus lourds, mais ce n’est rien comparé à la gratitude que nous éprouvons. Marcher nous apporte de la sérénité, de la paix, et un nouveau regard. Peut être sommes-nous un peu plus en phase avec la nature et la puissance des éléments. Le monde nous parait bien loin. Évoluer dans un milieu imprévisible nous fait un peu perdre pied, et il arrive que nous nous mettions à douter. On se sent infimes et fragiles. Partagés entre la joie d’être ici, l’extase et l’anxiété. Je dois bien avouer que parfois, je me surprends à rêver d’un abri douillet…

Le temps devient brumeux, l’atmosphère se nappe d’inconnu et de mystère, nous faisant presque oublier que nous sommes à quelques dizaines de mètres du gouffre. Le chemin est balisé en conséquence, mais on avance difficilement. Un vrai face à face avec le climat. On trouve finalement refuge derrière un énorme rocher, qui nous protègera des éléments pour la nuit. On plante la tente, encerclés par le brouillard. Et c’est ici qu’on mangera les meilleurs biscuits de notre existence.

Le sol glisse, il fait froid, il vente fort, il neige. C’est trop. Cette nuit glaciale aura eu raison d’une de nos deux motivations… Ironiquement, la seule voie qui s’offre à nous est celle bien trop fréquentée qui mène à Trolltunga. Comme un retour à la réalité. On profite de ces derniers instants au sommets, où l’on se sent insignifiants face à l’immensité des fjords. La route est magnifique et le temps redevient enfin clément.

Une fois dans la vallée, c’est la hauteur des parois qui nous absorbe, si bien que nous décidons de les défier à nouveau. À la journée, cette fois. De l’escalade pour parvenir à un glacier, un arc-en-ciel sur un lac, un feu sur les berges d’un fjord, trois cascades et un plateau désertiques… La richesse naturelle de ce pays est infinie. Mais il est déjà l’heure de rentrer. Nous prenons le bus du retour. Et quand on croit que tout est fini… Avez-vous déjà vu un rond point dans un tunnel ?

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